Cléo Ballatore


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« Night moves» : un thriller écolo entre activisme et radicalisation

2014_04_24_JM_NightMovesDeux jeunes écologistes, lassés d’entendre les discours de dénonciation sur la fin programmé de la planète sans plan d’action pour essayer de la sauver, décident d’agir.  Ils vont organiser un attentat contre un barrage. Josh, un taiseux qui travaille dans une ferme communautaire, va faire équipe avec Dena (surnommée D), une jeune femme enthousiaste et naïve. Avec un troisième larron expérimenté, ils vont perpétrer ce forfait. Une fois cette acte réalisé, ils vont être confrontés aux conséquences de leur action. D, jeune et fragile, va bientôt devenir une menace pour ses compagnons en voie de radicalisation.

MON AVIS

Une déception. Sur le papier, Night Moves avait pourtant beaucoup d’atouts. On pénètre dans le milieu des écolos américains La vie en communauté dans la ferme en Oregon est intéressante à observer avec ses cultures bios. La frontière entre activisme et radicalisation est tenue. Le film bascule lentement dans un thriller avec une évolution intéressante des personnages. Mais le film est lent, très lent. Kelly Reichardt, la metteur en scène, filme parfois longuement de beaux objets mais qui n’apportent pas grand chose à la narration. C’est également le cas pour certaines scènes. Le rythme devient poussif et on se prend à s’ennuyer. Les rebondissements sont lents à se mettre en place et pas assez nombreux pour insuffler de l’énergie. Les acteurs sont bons. Jesse Eisenberg a du magnétisme et de la présence. Il est tout au long du film comme muré en lui même éprouvant de grandes difficultés à communiquer avec les autres. Dakota Fanning (ex Jane de Twilight) évolue avec aisance et talent de l’insouciante à l’angoisse.  A voir si vous êtes fans des acteurs ou très intéressés pour découvrir le milieu activiste des écolos.

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« Divergente» : Comment survivre dans un monde contrôlé ?

1964995_230829440443087_909779996_nBéatrice, rebaptisée Tris, une jeune altruiste, vit dans un Chicago post-apocalyptique. Frappée par drame dont on ne connaît pas l’histoire, la société s’est depuis organisée en cinq factions afin d’éviter de revivre ces événements douloureux. Chaque individu subit une série de tests à 16 ans dont l’objectif est de déterminer à quelle faction il appartient. Il devra quitter à jamais sa famille et ses amis si cette faction diffère de celle dont il est issu. Chaque faction remplit une tâche précise dans la cité : justice, maintien de l’ordre, don de soi…Tout individu est strictement contrôlé. Reste le rebut de la société constitué des divergents. Ces individus inclassables jugés dangereux par le pouvoir en place car impossible à contrôler deviennent des sans domicile fixes réduit à la misère. Quand l’histoire commence, Béatrice a 16 ans. Elle va subir l’épreuve des tests et découvrir qu’elle est divergente. Grâce à la complicité de l’opératrice, son dossier va être modifié et classé parmi une des factions. A elle alors de choisir, quelle faction elle veut rejoindre. Elle privilégiera les Audacieux. Un groupe paramilitaire qui maintient l’ordre dans la Cité. Elle devra survivre à un entraînement éprouvant physiquement et veiller à ne pas se laisser démasquer. En effet, de nouveaux tests l’attendent. Ils ont vocation à cerner ses peurs les plus intimes pour apprendre à les contrôler. Mais les peurs d’une divergente ne sont pas les mêmes que celles d’un audacieux. Tris peut-elle survivre ?
MON AVIS
Divergente s’inscrit dans la droite ligne de « Hunger games ». C’est une Dystopsie où le héros est une jeune adolescente. Ecrite par Véronica Roth, la trilogie a fait partie de la liste des best-sellers du New York times. Au cinéma, l’univers est bien rendu. Le décor est très réussi avec un paysage de désolation où les tours de Chicago sont à moitié carbonisées. De même le train déglingué que prennent les Audacieux ou l’endroit où ils s’entraînent font frissonner. La première partie est très dynamique. On ressent bien la peur et l’angoisse de cette ado à la croisée des chemins. Mais aussi sa volonté de survivre et de se trouver une nouvelle famille. L’organisation de la société, séduisante au début, devient vite cauchemardesque avec la traque impitoyable livrée à tous ceux qui sont différents. La deuxième partie s’enlise. Bien que fidèle au livre, elle manque de pêche et de subtilité. L’intrigue n’est pas assez étoffée ou surprenante pour tenir en haleine. Reste les acteurs. Shailene Woodley livre une bonne performance. Elle est à la fois physique et vulnérable. Il lui manque cependant la profondeur et le charisme d’une Jennifer Lawrence. On vibre avec Katniss et on prie pour qu’elle survive. On se sent moins concerné par les aventures de Tris. En revanche, Theo James, le compagnon d’aventure de Tris, bénéficie à la fois d’un physique avantageux et d’une présence réelle à l’écran. De même Kate Winslet, à la tête des Erudits, est parfaite.
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Chroniques berlinoises (5) – Femme à la robe rouge

Résumé : Léa, une jeune berlinoise de l’Est, essaie de survivre après la chute du mur. Au chômage depuis de longs mois, elle a été recrutée par un étrange personnage du nom de Werner Holtz pour un travail encore mystérieux. Werner la présente officiellement comme sa nièce. Quelques années plus tard, un jeune enquêteur du nom d’Alex Masson s’installe à Berlin.

C’était un lundi matin gris et frais du mois de mai. Alex grelottait en sortant du métro londonien. Il venait d’arriver de Berlin par avion. Il bénissait le refus des Britanniques d’adopter l’heure d’été ce qui lui avait permis de gagner une heure de sommeil. Il se trouvait maintenant dans la City et cherchait un immeuble de bureau situé au 22bis Fisherstreet. Il avait rendez-vous à 10h00 avec un milliardaire du nom d’Henry Cardew. Le quartier était calme en ce milieu de matinée. Alex apprécia le charme suranné des vieilles banques centenaires au pur style victorien qui côtoyaient des immeubles modernes aux froides façades vitrées.

Il trouva enfin la petite rue tranquille bordée d’arbres un peu à l’écart. Sur un discret immeuble moderne, une plaque sobre indiquait Peel&Johnson Ltd. La modestie des lieux l’étonna car c’était le siège social d’un des plus grands hedge funds au monde.

Après des formalités rapides, il fut introduit dans un vaste bureau d’angle situé au 7ième étage qui dominait la City et la ville de Londres. Il était meublé de façon fonctionnelle mais recherché. On pouvait voir entre autres choses un large bureau en bois clair, des fauteuils en palissandre d’un grand  designer danois, une bibliothèque en acier brut, plusieurs tableaux remarquables dont un Matisse et un très beau masque africain.    

Henry Cardew était tel qu’Alex se l’était imaginé après avoir étudié minutieusement sa biographie. Vêtu d’un coûteux costume de businessman, c’était un homme d’environ 65 ans, de taille moyenne, svelte, aux traits durs. Avec sa large mâchoire et son regard perçant, il dégageait du magnétisme et de la force mais aussi une vague menace. C’était un redoutable négociateur qui avait bâti une solide fortune.

Alex était curieux de découvrir pourquoi son patron l’avait expédié de toute urgence à Londres. Henry Cardew était célèbre pour sa collection privée.

Cardew de son côté essayait de jauger son visiteur. Quel étrange garçon le LKA lui avait envoyé. « J’ai la bonne personne, lui avait dit laconiquement Otto Lukbeck, le chef du service 4 au LKA. Une jeune recrue, 28 ans, très brillant, un français, trilingue. Je vous l’envoie par le premier avion. » Puis, au grand dam de Cardew, il avait raccroché.  

Alex était grand et mince. Ses cheveux noirs séparés par une raie médiane bouclaient dans son cou. Son visage était fin comme dessiné au pinceau avec des pommettes et un menton légèrement saillants. Sa peau était pâle mais il devait certainement avoir des origines exotiques. Cela se voyait à ses grands yeux sombres. Il était élégamment vêtu mais de façon originale avec un jean et des Dr Martens bordeaux. Sous sa chemise blanche, il portait un t-shirt gris où s’inscrivait le mot rock’n roll avec ce qui semblait être à Henry Cardew des os de poulets maintenus par des chaînes.

– « Monsieur Alex Masson, je présume. Henry Cardew. Dit-il d’une voix froide dénuée d’émotion. Monsieur Lukbeck m’a dit le plus grand bien de vous. » En homme habitué à commander, il montrait clairement qu’il nourrissait les plus grands doutes.

Il va falloir le convaincre se dit Alex. Il a l’air drôlement coriace.

– « Je vous écoute, répondit-il d’une voix calme et posée.  

Cardew alla droit au but.

– Avez-vous entendu parler du tableau « Femme à la robe rouge » ?

– Bien sur répondit Alex. La vente aux enchères a eu lieu il y a un an. Elle était organisée par la maison Lengefeld, une vieille maison de ventes aux enchères de Berlin. C’est une œuvre d’Erich Geiger datée de 1915. Ce fut un évènement car personne n’avait revu ce tableau depuis sa vente en 1928 par le marchand d’art Emil Rosemberg. Le prix de vente a atteint un record pour un Geiger, 400.000DM, si ma mémoire est bonne, sans les frais.

Cardew hocha la tête.   

– Qu’avez-vous pensé de l’œuvre ?

– Je n’ai pas eu d’occasion de la voir.

– Je suis l’acheteur. J’ai souhaité resté discret. Le tableau a été acquis par un intermédiaire. Il est stocké à Genève dans un dépôt-francs sous douane. J’imagine que ce procédé vous est connu.

– Bien sur. Le secret bancaire suisse n’étant plus ce qu’il était, les comptes ont depuis 2 ou 3 ans tendance à se vider au profit d’un investissement sur le marché de l’art. L’objet pourra être ensuite stocké dans un vaste entrepôt, les dépôts francs sous douanes, en toute quiétude puisque à ce jour aucun Etat à ma connaissance n’a demandé le liste des noms de ceux qui détiennent ces dépôts. »

Cardew sourit pour la première fois depuis le début de l’entretien. C’était un sourire froid mais réel.

– « C’est exact mais dans mon cas il ne s’agit pas d’argent sale ou non déclaré mais de montages fiscaux. 

– Cette discrétion arrange beaucoup de monde si j’ai bien compris. Le ton d’Alex était maintenant légèrement ironique. Certains vendeurs auraient du mal à expliquer l’origine des fonds qui leur ont permis d’acquérir le tableau. Des marchands d’art conservent le secret sur les commissions versées.  

– Une fois le tableau en ma possession, reprit Cardew sans relever l’allusion, je l’ai confié à la galerie Farret à Genève, une maison compétente et discrète. Elle s’occupe de tout : paiement, transport, stockage et bien sur de la documentation comme le certificat d’expertise de l’œuvre. »

Il marqua une pause. Ses traits se durcirent. Son regard se glaça.

– « Les ennuis ont alors commencé.

– C’est un faux ? demanda Alex dans un souffle. »

Incroyable se dit-il. Si l’information était exacte, un sacré scandale couvait. Du beau monde était impliqué dans cette vente très médiatisée. Brusquement, il frissonna comme si un courant d’air froid traversait la pièce. Une menace diffuse aux contours flous s’était installée dans ce luxueux bureau.