Cléo Ballatore


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« Maleficient» : A voir pour Angelina Jolie et les superbes effets spéciaux

la-premiere-affiche-de-malefiqueDisney nous invite à revisiter le conte de la Belle au bois dormant en faisant plus ample connaissance avec sa marraine maléfique. Nous nous rendons d’abord dans le monde des fées et de l’enfance qu’une jeune Maleficient innocente parcourt avec ses grandes ailes. La découverte de la cruauté du monde des adultes la blessera profondément et la transformera en une sorcière malfaisante. Après avoir jeté un sort cruel à la petite princesse Aurora, elle s’attachera à ses pas pour être sûre que rien ne vienne entraver son destin funeste. Mais on ne côtoie pas les verts pâturages de l’enfance sans y laisser quelques plumes.

MON AVIS

Excellent. On conseillera de voir ce film pour les effets spéciaux et Angelina Jolie. Robert Stromberg, le metteur en scène un spécialiste des effets spéciaux, parvient à faire cohabiter avec bonheur le monde merveilleux des fées et des petites créatures et les décors gothiques les plus sombres. C’est un régal de chaque instant. Angelina Jolie est quant à elle au sommet de son statut de star. Avec son talent, sa beauté et son charisme, elle écrase le reste de la distribution. Elle Fanning est très mièvre dans le rôle de la princesse Aurora. Elle est un peu meilleure lors des scènes dramatiques. Certes, le scénario ne recèle pas beaucoup de surprises mais la présence d’Angelina avec ses cornes, sa cape et son corbeau est réellement envoûtante.

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Un ciel sans nuage

romaric-cazaux2C’est une chaude matinée d’été. Un ciel sans un nuage s’étend sur la ville. Je suis allongé sur un coin de l’embarcadère pieds nus, la chemise ouverte essayant de profiter des chauds rayons du soleil. Sur le lac, j’entends des rires et des chansons. De nombreux jeunes gens canotent sur les eaux calmes et ombragées. Les filles gloussent et les garçons exhibent fièrement leurs biceps. Certains arborent un air très sérieux. Je connais ça ils veulent impressionner les filles. Ce soir, si tout se passe bien, ils admireront ensemble la beauté d’un ciel étoilé en échangeant mille promesses et mille baisers.

Ne troublons pas cette ambiance légère et enivrante. Ils auront bien le temps de découvrir les tempêtes de la vie à deux, le tonnerre qui tonne soudain dans un ciel céleste, les nuages qui s’accumulent à l’horizon suivis parfois d’une embellie inattendue.

Pour moi, tout a commencé un lundi. Ma femme est partie avec un autre qui, selon elle, l’amenait directement au septième ciel ce que j’avais été incapable de faire pendant les dix années de notre vie de couple. Je n’avais pas fait de sa vie un enfer mais pas un paradis non plus. Depuis cette fable, je suis sur le sable. Le soleil ne me réchauffe plus. J’attends avec impatience les mornes jours d’hiver pour plonger dans un sommeil sans fin.

Atelier Bricabook – photo 127 -Romaric Cazaux


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« Deux jours, une nuit» : A éviter sauf si vous souhaitez rester immergé dans la pénible vie quotidienne des salariés d’aujourd’hui

Sandra, utéléchargementne jeune femme qui sort à peine d’une dépression, apprend que son poste à l’usine va être supprimé. Ses collègues ont dû voter. Ils avaient le choix entre le versement d’une prime annuelle de 1.000€ ou la suppression de son poste. 12 personnes sur 14 ont préféré la prime. Mais, entaché d’irrégularité, ce scrutin est annulé au profit d’un deuxième qui se tiendra le lundi matin. Sandra a donc deux jours pour convaincre ses collègues de l’aider à conserver son poste. Ella va aller les démarcher un à un.

MON AVIS

A éviter sauf si vous souhaitez rester immergé dans la pénible vie quotidienne des salariés d’aujourd’hui. Dans ce cas, ce film sans une once d’humour ni un gramme de paillettes est pour vous. Vous suivrez la viré en autobus de cette malheureuse jeune femme de pavillons en briques en HLM sans ascenseur. Toutes les facettes ou presque de la société civile sont représentés : la divorcée récente, l’immigré de fraîche date, les quinquagénaires asphyxiés par les études à la faculté des enfants,…Tous le monde a des problèmes de fin de mois et personne n’a envie de rire ou de s’amuser. On soulignera l’excellente performance de Marion Cotillard. Son jeu tout en finesse sonne toujours très juste. Elle illumine ce film gris et sans grand relief des frères Dardenne.

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« Maps to the stars » : Un bon Cronenberg mais pas un chef d’oeuvre

Maps-to-the-starsBienvenue à Hollywood. Havana, une actrice sur le retour à la quarantaine bien sonnée, fait des pieds et des mains pour décrocher un rôle afin de relancer sa carrière. Benjie, un enfant-star de 13 ans, doit convaincre les producteurs de la série TV dont il est la “franchise” qu’il a arrêté la drogue. Ses parents, accros à l’argent et à la célébrité, sont prêts à faire beaucoup de sacrifices pour ne pas tuer leur poule aux oeufs d’or. Ce petit monde ne dort pas cependant sur ses deux oreilles car régulièrement des fantômes surgis du passé viennent les hanter. C’est alors qu’Agatha, la soeur de Benjie, une psychopathe que leurs parents ont réussi jusque là à tenir à distance, va réapparaître dans leur vie.

MON AVIS

Un bon Cronenberg. Le scénario est solide et l’intrigue bien conduite. La mise en scène est efficace sans longueur ni temps mort. Certaines scènes sont saisissantes avec de très beaux cadrages. Les acteurs sont excellents. On donnera une prime particulière à Julianne Moore, parfaite dans le rôle de cette star has been et égocentrée tour à tour féroce et charmeuse. Mia Wasikowska est flippante. La douceur de sa voix et de son sourire est contrebalancée par son regard inquiétant. Evan Bird (Benjie) est touchant. On a le coeur serré pour ce gamin exploité sans vergogne par ces adultes, qui porte un regard lucide et désenchanté sur son entourage. John Cusack est très antipathique en cynique gourou de stars angoissées. Robert Pattinson est beau mais un peu insipide dans ce rôle de chauffeur de limousine charmant et un peu naïf qui attend la gloire. Il manque néanmoins quelque chose pour faire de “Maps of the stars” un grand film. L’histoire à un moment dévie de sa trajectoire. D’un portrait au vitriol du petit monde de Hollywood, on bascule vers une tragédie grecque. Le film perd du coup un peu de sa force et certaines scènes deviennent un peu artificielles.

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« Homesman» : D’excellents acteurs pour ce beau film, très lent, dont le propos gagnerait à être plus resserré.

The-Homesman-Affiche-France
Dans l’ouest américain au temps des pionniers, des femmes de fermiers perdent la raison. Dans des fermes misérables et isolées, elles doivent affronter la pauvreté, la mort en bas âges de leurs enfants et la nature hostile. Venues de l’Est, civilisé et verdoyant, certaines à bout de force malgré leur jeune âge perdent pied. Dans cette communauté restreinte, une jeune femme au caractère bien trempée qui mène seule son exploitation, Mary Bee Cuddy, va accepter de les ramener vers l’Est dans un établissement spécialisé. Elle sera accompagnée dans ce voyage de plusieurs semaines par un de ces cowboys bougons et sans domicile fixe qui peuplent ces vastes territoires sauvages, George Briggs.

MON AVIS

L’intrigue est intéressante. On aborde dans ce film la face cachée de la conquête de l’ouest. Les paysages sont splendides et désolés. Les malheurs ne cessent de s’abattre sur ces familles de fermiers. Le choc est rude pour ces très jeunes filles venues de l’est qui ont reçu pour certaines une éducation soignée. La femme forte de la conquête de l’ouest s’efface devant ces jeunes femmes fragiles, meurtries par la vie. En revanche, le film manque de rythme. Il est trop long (2h20). La mise en scène très classique n’insuffle pas beaucoup de surprises. Les rebondissements sont nombreux mais ils donnent l’impression d’avoir été concoctés pour faire durer le film. A certain moment, on s’égare dans le récit. On ne sait plus trop quel est le sujet du film. Les acteurs sont excellents et attachants. Hilary Swank trouve un rôle à la mesure de son talent. Forte et fragile à la fois, son personnage est empreint d’une grande humanité. Tommy Lee Jones est parfait comme à son habitude. Il a au début une petite tendance à cabotiner mais son jeu retrouve rapidement une grande finesse. Meryl Streep est en guest star.

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L’ange

filleIncrédule, je regarde la photo. Je visite une exposition sur les camps de réfugiés. C’est moi cet ange à la figure barbouillée de crasse, aux mains sales. Les détails de cette scène surgissent brusquement de ma mémoire. Nous venons d’arriver au camp. Je serre contre moi comme un trésor un petit berlingot de lait que m’a remis une dame très gentille. Elle m’a aidée à insérer la paille dans le rectangle de carton. Je suis transie de froid et affamée. Nous avons marché longtemps sans boire ni manger. Mon grand-père me tient contre lui, ses mains fermement posées sur mes frêles épaules.

Nous venons d’un endroit où il y a la guerre. Je me souviens encore du bruit strident des sirènes, du vrombissement des avions et du vacarme assourdissant que font les bombes quand elles explosent. Ensuite, une grande lumière illumine la ville. On entend alors “au feu ! au feu !” et des cris et des pleurs. Quand notre immeuble a été détruit, nous étions à la cave. Nous nous sommes extraits des gravats avec ma mère et mon grand-père. Notre rue n’existait plus. Nous avons ensuite fui la ville en cendre avec une foule de gens. Notre errance a duré des jours et des nuits. Quand je ne pouvais plus marcher, ma mère ou mon grand-père me portaient. Ma mère pleurait doucement. Ma grand-mère, mon père et ma soeur ont disparu dans le bombardement.

Une fois au camp, Grand-père s’active. Il monte notre tente. Il va faire la queue pour se procurer des couvertures et des provisions. Il va chercher de l’eau. Il ne dit rien ou peu de choses. Il n’a jamais été très bavard. Demain, il dit qu’il ira voir pour les papiers et essayer de téléphoner. Mais, le soir quand il s’assoie, il a l’air d’avoir mille ans. Il est devenu tout ratatiné. Ses épaules sont voûtées, ses cheveux ont blanchi et ses yeux sont perdus dans le vague. Parfois, il y a de l’eau dedans. Son seul espoir est de téléphoner à son autre fils qui est au Canada. Il s’accroche à ce coup de fil de toutes ses forces.

– Tu va voir, me dit-il. On va prendre l’avion. Il y aura plein de bonnes choses à manger. Une fois là bas, t’auras une robe neuve et ta mère aussi.

Avec l’innocence de l’enfance, je le crois. Malgré la boue, la pluie et la crasse, je crois que telles des chenilles nous allons nous transformer en papillons parés de couleurs étincelantes et nous envoler loin, très loin de cet enfer.

Et, j’ai raison. Il nous faut attendre quelques semaines mais mon oncle réussit à organiser notre transfert. Avec ma mère, nous nous adapterons vite à cette nouvelle vie mais pas lui. Il mourra deux ans plus tard, déraciné. Il avait trouvé un vieux pêcher dans un jardin abandonné qui lui rappelait son pays et sa maison. Il allait souvent s’y asseoir avec son pliant échangeant parfois des souvenirs avec des vieux émigrés venus comme lui de pays lointains.

Atelier Bricabook – photo 125 – Marion Pluss

http://www.bricabook.fr/category/atelier-decriture/


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L’ombre

romaric-cazauxJ’ai retrouvé l’autre jour un vieil album photo. Sur une des photos, prise un dimanche après midi à la campagne, j’ai sept ans. Ma mère est allongée sur l’herbe, souriante. Elle s’est installée sous le parasol pour se protéger du soleil. J’essaie de toutes mes petites forces de tirer ce parasol pour que le soleil l’éblouisse. Elle le retient avec sa main. C’est un moment de complicité, rare et précieux. A côté de nous, ma petite sœur, Marine, joue avec mon cousin. Ils se bataillent. Il a 13 ans et elle, six. Il l’adore comme tous les membres de la famille. Cette photo semble idyllique. Après une réunion de famille autour d’un repas convivial, nous sommes tous réunis dans le jardin. Je me souviens encore de la chaleur sèche de ces étés, de l’odeur de l’herbe coupée et du bourdonnement des abeilles.

Mais une grande ombre est en train de s’étendre. Je suis très jalouse de ma sœur. Bien que plus jeune d’un an, elle est déjà plus forte que moi dans bien des domaines. Tout au long de son enfance, elle va exceller. Très douée en sport, elle fera de la natation en compétition. Bonne élève, elle sera toujours première de sa classe. Elle fera l’orgueil et la fierté de mes parents. Nos confrontations tourneront toujours à son avantage et j’en sortirai systématiquement humiliée. Au moment de la préadolescence, elle me méprise et je la déteste. En serrant les poings, je regarde ma mère, quand elle croit qu’on ne l’observe pas, poser sur elle son chaud regard. Jamais, elle ne me regarde comme cela. Au fil du temps, je suis devenue mélancolique avec une estime de soi à zéro et un sentiment permanent de culpabilité. Je me dis que c’est ma faute. Si je travaillais plus, je serai plus brillante. En classe, je suis dans mon coin, absente.

A la fin de l’année scolaire en quatrième, le professeur principal m’apprend que je vais redoubler. La tête baissée, comme étranglée par la nouvelle, je sens le sol se dérober sous mes jambes. Je dissimule tant bien que mal mon désarroi. Le soir, je ne dis rien à mes parents. Ils l’apprendront bien assez tôt. J’appréhende leur remarques et surtout la lueur de mépris qui traversera leurs yeux. Mais l’angoisse m’a saisie. L’année prochaine, je serai dans la même classe que ma sœur. J’ai déjà du mal à respirer. J’envisage tout une tas d’échappatoires : arrêter l’école, fuguer…Alors, le soir pendant que mes parents regardent la télévision, dès que ma sœur passe devant moi pour aller à la salle de bain, de toutes mes forces je la pousse dans l’escalier. Puis, je la regarde rouler jusqu’en bas. Un immense sentiment de soulagement m’envahit. Je me sens mieux.

Atelier Bricabook – Photo 124 – Romaric Cazaux