Cléo Ballatore


2 Commentaires

«New York Melody» : Une comédie sympathique

new-york-melody-keira-knithley-mark-ruffalo-afficheUn couple de jeunes musiciens anglais s’installe à New York. Le succès sourit au jeune homme. Entre les mains d’un label très efficace, il est sur le point d’atteindre le statut tant convoité de pop star. Sa petite amie reste fidèle à son style folk un peu daté. Un soir, dans un bar, un producteur indépendant has been tombe sous le charme de sa musique.

MON AVIS

Une comédie sympathique pas prise de tête pour un sou. Cette histoire charmante, un peu douce-amère, doit beaucoup à son excellente bande-son et à la qualité de ses interprètes en particulier la délicieuse Keira Knightley. En dehors d’un moment agréable, il ne faut pas attendre beaucoup de choses de cette comédie au rythme un peu mou. Le metteur en scène, John Carney, se permet juste d’égratigner (très légèrement) l’industrie de la musique.

***/*****


6 Commentaires

«BoyHood» : Très bien. Un film captivant. Loin des clichés hollywoodiens, ces parents et ces enfants nous ressemblent étrangement.

BoyhoodDans ce film américain expérimental, nous suivons un jeune garçon et sa famille pendant 12 ans en temps réel. Nous le verrons passer de l’enfance à l’adolescence, puis atteindre l’âge adulte. Collés à lui, nous vivrons les douleurs de l’enfance, la séparation des parents, les déménagements vécus comme un profond déracinement, les mauvais choix des adultes. Puis, à l’adolescence, les difficultés pour trouver sa voie et se construire en tant qu’ individu.

MON AVIS

Centré sur la vie quotidienne d’une famille monoparentale, le film de Richard Linklater est captivant. Loin des clichés de Hollywood, ces parents et ces enfants nous ressemblent étrangement. Nombreux sont ceux qui se reconnaîtront dans tels traits de caractère ou revivront des moments personnels dans une scène. Ce film parle finalement de la difficulté de grandir et plus tard de réussir à avancer dans la vie malgré blessures et déceptions. La mère de Masson assume courageusement l’éducation et la vie matérielle de la famille. Cette battante n’a qu’un seul défaut, elle choisit mal ses maris. Les enfants comme souvent paient une partie des pots cassés. La père de Masson est charmant, drôle et léger. Il n’a pas encore complètement renoncé à ses rêves. Il laissera égoïstement son ex-femme endosser le rôle d’adulte responsable. Les parents, Patricia Arquette et Ethan Hawke, sont excellents. Leurs interprétations tout en finesse sonnent très juste. Les enfants sont parfaits. ****/*****


6 Commentaires

Les pas

marche-kotMidi venait de sonner à l’église du village. C’était une chaude journée du mois d’août dans le sud de la France. A la recherche d’un peu de fraîcheur, je m’adossais contre le mur d’un porche. Dissimulée dans ce renforcement, j’entendis un claquement de talons. Un homme passa dans la rue. Il sifflotait les mains dans les poches. Il marchait d’un pas vif mais sans aucune hâte. La lumière aveuglante découpait comme une lame l’ombre de ses jambes sur le pavé. Sa main droite était enfoncée dans la poche de son pantalon. Quand il la sortit, l’éclat argenté d’une lame de couteau étincela.

Tendue, j’attendis fébrile une explosion de bruit et violence.

atelier bricabook


4 Commentaires

Jalousie

Young Woman Wearing Black Dress

Cela faisait longtemps que je le désirais. Je l’avais repéré bien avant qu’on ne soit présenté. J’avais découvert ce qui l’intéressait. M. était fasciné par les chaussures.

Quand il rencontrait une femme, il la regardait du bout des yeux d’un air indifférent. Il examinait son visage, puis, il détaillait sa silhouette s’arrêtant sur une courbe ou la délicatesse d’un poignet. Enfin, son regard se portait sur les chaussures. A ce moment là, une étincelle s’allumait dans ses beaux yeux gris et une lueur âpre les traversait. Le soir où je passai à l’attaque, j’arborais une paire de chaussures à talon haut à l’imprimé dalmatien et aux semelles aussi rouges que les cache-sexes des danseuses du Crazy Horse. Je les avais déjà testées et je savais qu’elles faisaient forte impression sur les mâles.

La première fois se passa dans sa voiture. J’avais insisté. Si les femmes défilaient dans sa vie, M. restait fidèle à son Audi noire et racée. Chaque week-end, il frottait doucement la carrosserie avec une peau de chamois et repeignait avec un fin pinceau quelques rayures imaginaires. Nos accords étaient les suivants : il ne devait faire l’amour avec personne dans sa voiture tant que durerait notre liaison. En contrepartie, il ne voulait ni scènes, ni cris, ni larmes.

Une fois que cet évènement intensément désiré se fut produit, je connus les affres de la jalousie. Il me fit faux bond. Il m’humilia et me trompa. Lorsque nous étions ensemble, sa voiture devenait une nouvelle rivale. Je le regardais, cachée derrière les rideaux du salon, en train de l’astiquer et de cligner des yeux pour s’assurer qu’aucun grain de poussière ne venait ternir son noir étincelant. Je descendais alors le rejoindre arborant une nouvelle paire de chaussures pour l’appâter : python vert, peau de crocodile, imitation léopard…Je me ruinais et fuyais les appels désespérés de mon banquier.

Et puis, le doute s’insinua. Et s’il  avait rompu notre accord ? Un soir, alors qu’il était dans la salle de bain, son téléphone bourdonna. J’appuyai prestement sur le bouton. Un SMS apparut : “@2m rdv Audi jtdr A. ». Le lendemain, j’embauchais un détective privé.

Le premier rapport m’apprit que M. avait une liaison depuis trois mois avec A. Il lui avait présenté sa sœur. Il l’emmenait dans son Audi pour de longues ballades. En relisant le rapport, je fus frappée par son style dépouillé. Brusquement, j’eus envie moi aussi d’être suivie et que mes faits et gestes soient consignés. J’imaginais un homme obsédé par moi, en train de ruminer des pensées amères avec des éclairs de meurtre dans les yeux. Le jour suivant, j’allai sous un faux nom dans une autre agence de détective. Dès le lendemain, je repérai un jeune homme qui me suivait. J’allai d’abord au hasard des rues. Puis, je décidai pour mettre un peu de piment dans notre relation de commettre une action répréhensible comme voler une babiole à un étalage. Au fil des jours, une relation ambiguë se noua. Dès le matin, je planifiais notre parcours. J’alternais des décors frais et légers avec des lieux dangereux. Je draguais des inconnus aux terrasses des cafés.

Un soir, un coup de poing ébranla ma porte. Sous la lumière crue du couloir, M. avait les traits tirés et le regard des mauvais jours. Il dit :

— Quelqu’un me suit.

Il me soupçonnait. Techniquement, j’avais respecté notre contrat. Il n’avait jamais parlé des détectives privés. Je passai donc à l’attaque. Moi aussi j’étais suivie depuis une ou deux semaines. Il me regarda interloqué.

— Se pourrait-il… Il s’interrompit, songeur.

Le dernier rapport m’apprit qu’il avait rompu brutalement avec A.

— Je crois que j’ai été injuste, dit-il plus tard de sa voix douce.

Je décidai de profiter de mon avantage. Désormais, une fois sur deux ce serait ma soirée. Je définirai les règles. Il me regarda avec une curiosité perverse. Sur quoi pouvais-je bien fantasmer ? Ce soir là, je mis ma robe de mariée. Je l’avais achetée en solde et n’avais jamais eu l’occasion de la porter.

Publié dans le cadre d’un concours welovewords-Transfuge : Shakespear et la jalousie


4 Commentaires

«Under the Skin» : *** Quelque chose d’envoûtant, une Scarlett Johansson très charismatique mais une histoire confuse

Under-the-Skin-affiche-300x408Une extra-terrestre a été envoyée sur Terre, en Ecosse plus particulièrement, dans un but mystérieux.Sa mission consiste à draguer des hommes seuls à bord de son fourgon et de les entraîner vers des maisons isolées. A un moment, quelque chose semble se dérégler en elle. Fascinée par son image et le désir qu’elle provoque chez les hommes, elle va quitter son groupe à la recherche peut-être de sa part d’humanité.

MON AVIS

Pas mal. Ce film froid de Jonathan Glazer a indéniablement quelque chose. Les images sont poétiques et esthétiques. Certaines scènes avec Scarlett Johansson sont saisissantes. On est proche de l’expérience sensorielle. La bande son est envoûtante. Les sons tels que les perçoit Scarlett Johansson nous arrivent comme si on était dans une caisse de résonance ou parfois comme si on était branché sur une mauvaise fréquence. Ceci donne un sentiment d’étrangeté tout au long du film. Le fait de tourner en partie avec une caméra cachée et des acteurs non professionnels accentue encore ce côté décalé et expérimental. La faiblesse vient du scénario. Un minimum d’explications est diffusé au spectateur. Du coup, la deuxième partie du film devient confuse avec des longueurs et certaines scènes qui manquent d’originalité. Du côté des acteurs,  Scarlett Johansson est très belle et très charismatique. C’est sur sa forte présence à l’écran que repose le film.