Cléo Ballatore


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Ma nouvelle, « Les Sombres », sélectionnée par la revue Nouveau monde

Ma nouvelle, « Les Sombres »  a été retenue dans ce collectif dont le thème est « Héroïque ». La publication est prévue pour avril 2015. Je suis en très bonne compagnie. Je connais et j’apprécie certains des auteurs sélectionnés. Nouveau Monde a vocation à encourager des écrivains et des illustrateurs. Un grand merci à cette équipe formidable.

NOUVEAU MONDE n°8 (« Héroïque ») : liste des nouvelles sélectionnées

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4 bis rue des boutiques obs…

Arras-20141Je m’étais déjà engagée dans la rue quand je m’aperçus que j’avais oublié mon manteau. Comme j’hésitais sur le trottoir à faire demi-tour pour aller le chercher, le souffle tiède de la nuit m’enveloppa. Bien qu’on soit au début de l’automne, un étrange air printanier flottait dans l’air depuis quelques jours. Je décidais de continuer mon chemin. Je suivis la rue des tanneurs puis tournai deux fois à droite. Comme je me rapprochais du but, je me mis à ralentir. C’est d’un pas traînant que je débouchai sur la rue des boutiques obs… Ce nom m’obsédait depuis des semaines. Ma main au fond de ma poche triturait un morceau de papier où un numéro était indiqué. L’apparence de la rue me surprit. Elle ne correspondait pas à l’image que j’avais rêvée. Pas de vieilles boutiques aux peintures écaillées, ni de puissantes odeurs venues d’ailleurs, ni de marchandises rares et surprenantes comme des vieux livres, des boîtes à musique, des herbes médicinales ou des œufs d’autruche. À la place, des maisons abandonnées aux portes et aux fenêtres condamnées.

La lune éclaboussait d’une pâle lumière l’extrémité de la rue, fermée par une boutique de coiffeur. La vitrine était vieillotte avec un néon criard qui indiquait le nom du propriétaire, Jean-Jac, au-dessus de photos jaunies de beautés passées à la coiffure démodée. De l’autre côté de la porte, une affiche colorée avec au-dessus l’inscription « spécialité forfait mariage » essayait de donner un coup de jeune à cette devanture démodée. Malgré l’heure tardive, la boutique était encore ouverte.

Selon le détective privé que j’avais embauché, j’avais vécu ici il y a bien longtemps. J’avais tout oublié. Je frissonnai malgré la douceur de la nuit. Puis, je poussai la porte, la gorge serrée. Qui allais-je rencontrer ?

Très modeste hommage à qui vous savez.

Atelier Bricabook ; photo Marion Pluss (que j’adore)


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L’immortel

romaric-cazaux1Parfois, je pense à l’immortalité. Qu’il doit être doux d’avoir toujours la vie devant soi. Certes, la mémoire telle une pieuvre doit se glisser dans les moindres interstistes du cerveau pour venir s’abreuver et se nourrir à la source de nos regrets et de nos chagrins. Transformée en sombre torrent, elle va charrier nos tourments jusqu’à ce qu’une tempête se lève et la fasse déborder de son lit pour nous submerger.

À ce moment-là,on aura envie de rejoindre les anges, de s’allonger enfin dans un endroit ombragé où le silence n’est jamais troublé par l’agitation de la ville.

Oublier enfin nos passions et nos erreurs. Retrouver ceux qu’on a aimés.

Atelier Bricabook ; photo Romaric Cazaux


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« Mommy » : un grand film

166201Diane, dite Die, une belle femme d’une quarantaine d’années, se débat dans la vie depuis son veuvage. Elle habite une banlieue miteuse et enchaîne les petits boulots. Son fils Steve, un adolescent instable et agressif, est renvoyé de son institution. Die n’a pas d’autre choix que de le reprendre avec elle. La relation fusionnelle qui lie la mère et fils va connaître des hauts et bas avec en toile de fond les difficultés qu’éprouve Steve à s’insérer dans un cadre « normal » mais aussi des vrais moments de grâce et de bonheur. Une voisine, qui a elle aussi vécu un traumatisme, va venir s’intégrer à cette famille fragile.

MON AVIS          

« Mommy » est un grand moment de cinéma. C’est un film bouleversant, remarquablement interprété et filmé avec virtuosité. Antoine-Olivier Pilon (Steve) est terriblement touchant dans le rôle de cet ado hors-norme, fragile et joyeux mais mal adapté car trop sensible à nos codes sociaux. Anne Dorval face à lui crève l’écran dans le rôle de cette mère forte mais seule et démunie face à cette grenade dégoupillée qu’est son fils. Suzanne Clement est le point d’équilibre parfait du trio. À travers son regard, on va accompagner sans juger ce duo explosif. Le dialecte québecois donne de l’épaisseur aux personnages et de la vérité. Des moments de grâce absolue parsèment le film de Xavier Dolan. Je retiendrai pour ma part l’image de Steve heureux et libre sur son skate-board, les images floues qui tourbillonnent devant les yeux de Die quand elle rêve d’un avenir pour son fils et les trois ensemble dansant sur un air de Céline Dion. À ne pas rater.

****+ /*****


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« Gone girl » : un film bien exécuté mais froid et un peu long

gonegirlQuand Amy Dunne disparaît un beau matin, les soupçons se portent rapidement sur son mari Nick. Marié depuis cinq ans, ce couple de new yorkais après avoir perdu son travail s’est installé il y a deux ans dans la ville natale de Nick dans le Missouri. Comme à son habitude, Amy a organisé pour leur noce de bois une chasse au trésor pour son mari. C’est cette piste brillante et embrouillée que Nick va suivre, accompagné par la police. Mais chausse-trapes et fausses-pistes parsèment ce jeu tordu. Son indifférence apparente et ses mensonges vont bientôt en faire un coupable idéal en particulier aux yeux des médias. L’image du couple parfait qu’il formait avec Amy va se fissurer. Les petits secrets qu’ils se dissimulaient vont progressivement émerger.

MON AVIS

« Gone girl » est un film bien exécuté bien qu’un peu long. L’intrigue est brillante. Comme dans un bon thriller, les rebondissements sont nombreux et surprenants. On suit fasciné l’évolution de ce couple qui a décidé de ne pas se faire de cadeau. Le film joue sur le décalage entre l’image projetée par les individus et les couples et la réalité souvent bien médiocre. Dans cette mise en abyme, les personnages principaux sont peu sympathiques malgré le talent des acteurs. C’est là de mon point de vue la faiblesse du film. Assez vite, on a envie de les abandonner à leur sort et on ne leur souhaite pas de réussir dans leurs entreprises. Ben Affleck incarne parfaitement ce mari veule et un peu lâche de la middle class américaine. Mais il n’est jamais touchant ni émouvant. Rosamund Pike alterne froideur et douceur mais on l’aimerait plus fascinante. On est loin d’un film d’Hitchcock ou du duo formé par Michael Douglas et Sharon Stone dans Basic Instinct. On attendait mieux de David Fincher.

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La ville en cendre

Trees Toppled by Wind Caused by FireJ’ai les pieds posés sur la ville. Je suis sur une immense dalle de verre, penchée sur un entrelacs de ruelles. Avec la pointe de mon pied, j’essaie de lire cette carte. Soudain, le verre se fissure. Les lézardes s’élargissent. Je bascule dans la ville.

J’atterris sur un sol rocailleux, entourée par un paysage silencieux d’immeubles effondrés et d’arbres brûlés. Un goût de cendre me remplit la bouche. Sur une place ovale, je vois une fontaine. Un filet d’eau s’écoule d’un vieux robinet. Au fond du bassin, des dessins représentent des visages. Chaque goutte brouille un peu plus leurs traits et effiloche le papier.

Au-delà, un champ de ruine se déploie. Sur le sol sont posés des bacs de porcelaine blanche. À l’intérieur, se trouvent des photos en noir et blanc. Des portraits. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. Les photos sont vivantes. Le visage de cette femme brune est en train de s’effacer. Les produits chimiques se dissolvent dans l’eau et la transforment en un épais liquide. D’abord, l’oreille gauche disparaît, puis la joue et l’œil, le menton, le nez… A la fin, l’eau noire est évacuée par la bonde du bac. Quand le bac a retrouvé sa blancheur, l’eau ressurgit sombre comme la nuit pour reformer le visage. Je connais ces gens. Mais je ne me rappelle plus qui ils sont.

Au centre du forum, un bâtiment se dresse dans l’air brumeux. Dans la première salle noyée dans la pénombre, des miroirs tapissent les murs. Mon souffle effleure la surface de l’un d’eux. Le portait d’une femme apparaît fugitivement, puis disparaît. Effrayée, je recule, puis, souffle à nouveau. Une forêt de visages m’observe. Dans la deuxième salle, un mur de portraits me fait face. Enfin, je me souviens. Je vivais dans cette ville. Je revois marcher, parler ou rire ces êtres chers dans les rues éclatantes de soleil. Je pleure maintenant. Un enfant s’amuse à changer les photos de place. Il est encore petit avec des cheveux blonds et une salopette bleue. Quelque chose de terrible va m’arriver s’il se retourne. Alors, je cours dans la ville en cendre.

Je me réveille désorientée dans une chambre inconnue entourée de photos d’étrangers dont celle d’une petite fille. Je me lève et vais vers la fenêtre. Derrière les rideaux, un paysage verdoyant familier se déploie. Mais ce n’est pas chez moi. Puis, une femme vêtue de blanc entre. Je suis dans un hôpital. Une voix dans ma tête m’avertit : « Tu ne dois pas leur dire pour la ville en cendre. Ils veulent savoir si tu te rappelles. Tu dois sortir d’ici pour découvrir ce qui est arrivé. »
— Bonjour Alexandra. On a bien dormi ? demande-t-elle d’un ton doucereux
— Très bien.
— Des souvenirs ce matin ?
— Juste ma fille, dis-je en caressant du bout de mes doigts glacés la photo de l’enfant inconnue.
Son visage gras et rond rayonne de satisfaction.
— Mais c’est très bien ça. Le docteur va être content. On veut savoir ce qu’il y a pour le petit-déjeuner ?
Je secoue la tête.
— Je ne suis pas curieuse.

Ecrit dans le cadre de l’incurable curiosité