Cléo Ballatore


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BONNE ANNÉE

bloggif_54a110bcc8ebcChers amis,

Ce blog n’a pas encore un an mais je me sens comme chez moi dans la blogosphère grâce à ces relations nouées avec les uns et les autres autour d’un texte, d’une critique de film, d’une vidéo ou d’une photo. J’espère que 2015 sera aussi riche et que de nouvelles belles rencontres m’attendent.

Je vous souhaite à tous plein de choses pour cette nouvelle année.

Au plaisir de vous lire

Cléo

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L’allée

15913763362_a357e508b4_oJe marche sur cette allée majestueuse, bordée de part et d’autre de peupliers. Une bise aigre d’automne s’engouffre par les charmilles et fait trembler puis tomber les feuilles.  Une odeur de terre en décomposition arrive par bouffée, portée le vent. Sous mes semelles, le sol spongieux est par endroit déjà durci par le gel.

Au loin, le paysage se perd dans la brume. Je frissonne sous ma redingote de drap gris. Malgré la pâle luminosité, mes boutons accrochent parfois la lumière. Ils jettent alors un éclat argenté, singulier, dans cette atmosphère bleutée.

Devant moi, deux personnages sont en train de disparaître du tableau. Car ce vent d’automne a un air printanier. La révolution est en marche. Les arbres à moitié dénudés observent ce présent qui n’est pas encore un futur, mais dont les contours tremblent déjà comme une vieille photo.

Si l’allée était bordée des bustes de nos grands hommes, je suis sûr que leurs têtes seraient tournées vers ces petites silhouettes qui rétrécissent à vue d’œil. Quand elles deviendront un simple point, elles se dissoudront dans le brouillard du passé.

Bricabook; photo Romaric Cazaud


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Ce bras

Tattoo on Arm of Relaxing ManLa première fois que je le vis, il était immobile, dissimulé sous une chemise blanche aux manches retroussées. Mollement posé sur l’accoudoir d’une chaise longue face à la mer par une journée d’automne lumineuse, étonnement douce. Ce bras a attiré mon attention. Pourquoi ? Aujourd’hui encore, je ne saurais le dire avec certitude. Peut-être parce qu’il se mit en mouvement ? Ses muscles tressautèrent pendant que la main tapotait le bois du siège comme si elle égrenait des notes de musique sur un piano imaginaire.

Le soir, quand je le revis, il était doué d’une énergie fabuleuse qui se transmettait à tout le corps. Il jouait de la guitare. Une musique au rythme primitif qui résonna profondément en moi. Ce bras aux muscles gonflés se tordait sous la violence des accords. Il semblait se démultiplier comme s’il voulait nous entraîner sur un chemin ou nous conduire vers un monde secret où se murmurent des histoires obscures.

Plus tard, quand je l’ai mieux connu. J’ai découvert que ce bras était chatouilleux. Souvent protégée du soleil et du froid, sa peau était aussi lisse et sensible que de la soie. Elle avait le goût et la couleur du miel l’été et celle du lait, l’hiver. Le fin duvet qui la recouvrait frémissait sous mes caresses.

Quelquefois, une insaisissable volupté émanait de ce bras. Je me souviens de ses muscles qui roulaient sous la bretelle échancrée d’un débardeur, une journée d’été dans une ville éclaboussée de lumière, de sa peau laiteuse qui se découvrit un soir, dans une salle à la lumière tamisée au-dessus du coude, du chapelet de grains de beauté, qui surgissait après l’été, et que j’explorais à tâtons comme un aveugle qui chercherait à déchiffrer une écriture inconnue.

De temps à autre, ce bras prenait la pose. Orné de tatouages, sa surface était alors un merveilleux tableau-vivant. Sous mes doigts couraient une géographie étrange composée de plaines, de rivières, de montagnes, de fleurs, de tigres ou de créatures magiques. Cette langue mystérieuse racontait des fragments de son existence : un rite de passage, un voyage, une rencontre ou un évènement marquant.

Et puis, un jour, ce bras a pris ses distances. Il est sorti de ma vie. C’était un bras vagabond.

Je l’ai si bien connu pourtant. Il m’a serrée contre son cœur. Il m’a soulevée un soir très haut pour que j’essaie de lui décrocher la lune. Mais j’étais trop petite. Je n’y suis pas arrivée.

Où est-il maintenant ? Qui enlace-t-il ? Se rappelle-t-il de nos étreintes ? Moi, j’ai encore le souvenir de sa douceur contre ma peau et de son odeur sucrée dans ma bouche.


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Le dieu

teteJ’ai complété ce matin ma collection de dieux. J’ai chez moi posé ça et là des fragments et des morceaux de ces êtres suprêmes à la sensualité divine. Les regarder me procure chaque fois du bonheur.

Aujourd’hui, je contemple ce dieu au visage à la fois tendu et serein dont les muscles allient la grâce à la vigueur.

Qui est-il ? Un athlète qui reprend son souffle ? Un penseur ? Un guerrier qui s’apprête à accomplir son destin ? Je ne trouve pas les mots justes pour exprimer ce que je ressens. Mais la beauté qui se révèle est pour moi celle de l’âme. Son attitude et son geste sont comme suspendus. Il est sur le point de glisser vers un autre mouvement, une autre pensée, imperceptiblement.

A-t-il aimé un jour ? Son sang a-t-il circulé plus vite pour une douce inconnue ?  Quelqu’un a-t-il caressé cette main maintenant d’une blancheur de marbre ?

J’aimerais tant qu’il murmure à mon oreille ses secrets.

Bricabook Photo Romaric Cazaux