Cléo Ballatore


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«Imitation Game» : un bon film

Le film retrace les moments-clés de la vie du mathématicien Alan Turing, un des cerveaux les plus brillants de sa génération. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Alan Turing est embauché par le gouvernement britannique pour essayer de « craquer » le code enigma utilisé par les Allemands dans leurs transmissions. Ce code est changé chaque jour à minuit. C’est une course contre la montre qui s’engage avec à la clé la victoire des Alliés.   

MON AVIS

Ce biopic est très réussi. Sa construction fragmentée permet de cerner l’homme derrière le génie. Certes, on admire l’intelligence exceptionnelle d’Alan Turing, mais on découvre aussi un personnage touchant. Le thème de la différence est ici abordé avec beaucoup de finesse. Bien sûr, il y a l’orientation sexuelle de Turing, durement condamnée à l’époque par la loi. Mais il y a aussi le thème de la différence qui fait de Turing un être rejeté par ses condisciples. Son caractère entier, son arrogance, son incapacité à saisir les nuances sociales en font parfois un personnage insupportable contrebalancé par sa sensibilité, sa maladresse et son côté professeur Tournesol. Les décors et les costumes sont de toutes beautés. On plonge immédiatement dans l’époque. Le suspens est bien conduit et on suit avec plaisir cette équipe de grosses têtes. Benedict Cumberbatch déploie une grande sensibilité et parvient à capturer la complexité d’un tel personnage.

♥♥♥♥ / ♥♥♥♥♥

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«Into the woods» : manque un peu de rythme

Un couple de boulangers ne peut pas avoir d’enfants. Une terrifiante sorcière leur apprend qu’ils sont victimes d’une malédiction qu’ils pourront briser à condition de rassembler plusieurs objets. Ils ont trois jours pour trouver une vache blanche, la cape du petit chaperon rouge, une pantoufle dorée et des cheveux blonds comme la paille. Notre couple va partir dans les bois où il va croiser de nombreux personnages célèbres : cendrillon, Jack, Raiponse, le prince charmant, le loup…

MON AVIS

Cette comédie musicale, qui croise cinq contes célèbres, a fait les beaux jours de Broadway. Elle est servie par une brochette d’acteurs impeccables. On citera Meryl Streep en sorcière, Johnny Depp en grand méchant loup, Emily Blunt, Hanna Kendrick. Les effets spéciaux sont soignés. L’histoire offre de nombreux rebondissements. C’est incontestablement un spectacle familial de qualité. On s’ennuie un peu toutefois. Est-ce parce que les Français ne sont pas des grands amateurs de comédie musicale ou bien par ce que tout cela manque finalement de rythme ou d’originalité ?

♥♥♥+ / ♥♥♥♥♥


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Un cœur en hiver

16058258370_99a0be4b8e_kOn dit que le hasard guide nos pas. Cette soirée par exemple dans une rue oubliée d’une ville tranquille. Une nuit d’hiver où la douceur de l’air laisse à penser que le printemps arrive. On longe une rangée d’arbres et on s’arrête près d’un peuplier à l’écorce décorée de cœurs, de petits mots et de prénoms. C’est l’arbre des amoureux. Pourquoi lui ? Mystère.

Je le regarde du bout des yeux sans en avoir l’air. Je sais qu’il y a un cœur au milieu du tronc avec deux initiales enlacées.

Je ressemblais alors à une sauvageonne avec mes cheveux ébouriffés, mes jeans effrangés, mes tuniques indiennes et ma veste en cuir. Mais il m’aimait ainsi autrefois. Je me souviens d’un court printemps et d’un long automne. Car ces amours-là sont mortes. La pluie monotone tambourinait sur la maison et le jardin. Impossible de se réchauffer. Ses doigts ne jouaient plus avec mes cheveux. Son rire ne résonnait plus dans les pièces vides. Ses bras ne me protégeaient plus des morsures du vent du nord.

Ce soir en regardant nos initiales, je souris. J’ai enfin fermé la porte à ces souvenirs. Il ne reste de cette histoire qu’un petit cœur dont les contours, jadis à vif, sont en train de s’estomper comme une plaie qui a cicatrisé.

Atelier Bricabook – Photo


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« Fox catcher » : un bon film

Les frères Schultz sont des champions dans la discipline de la lutte. Ils ont été médaillés d’or aux JO de Los Angeles en 1984. Mais l’Amérique est ingrate avec ses héros. Quand le film commence, les deux frères s’entraînent pour les prochains championnats du monde, en vivant chichement. Dave est l’aîné de cette fratrie unie à l’enfance cabossée. Il est aussi le plus structuré des deux. Il est d’ailleurs l’entraîneur en titre du comité olympique. John E. du Pont, un milliardaire excentrique, se met en tête de devenir le gourou de l’équipe olympique. Il convaincra d’abord Mark, un colosse tendre et naïf, de s’installer dans sa superbe propriété, puis Dave. Tous les ingrédients sont alors réunis pour que le drame se noue.

MON AVIS

Fox catcher est incontestablement un bon film. L’histoire est originale. La mise en scène alterne avec bonheur des combats sportifs, des scènes tendues entre les protagonistes, des portraits fouillés des héros et des superbes paysages de Pennsylvanie. Le sujet reste toujours maîtrisé par le metteur en scène du Stratège (film sur le baseball) et de Truman Capote. Le scénario est cependant un peu mince et le film tient beaucoup sur ce superbe trio d’acteurs. Channing Tatum est ce grand enfant fragile, cette graine de champion protégé par son frère. Steve Carell est méconnaissable dans ce rôle à contre-emploi où il incarne avec talent ce milliardaire excentrique et inquiétant. Mark Ruffalo est fidèle à lui-même dans le rôle de Dave Shultz, solide et sympathique.        

♥♥♥++ / ♥♥♥♥♥


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Les bodys

13874594085_bf4818628c_oCe matin, la ficelle s’est cassée, la vitrine s’est brisée et les bodys se sont envolés. Où sont-ils partis ?

Certains les ont vus flotter au-dessus des maisons, légers comme des cerfs-volants. Ils se tenaient par le bras pour former une ronde. Leurs couleurs acidulées éclairaient le ciel gris de janvier. Sur leur passage, un flash de gaieté illuminait brièvement un paysage d’hiver immobile.   

On m’a dit qu’ils ont rejoint le pays des enfants. Là où vont nos rêves et nos chagrins. Mais où est ce pays ?

En Hollande, en Finlande ou en Irlande ?

Au Mexique, en Afrique ou en Amérique ?

Certains racontent que c’est au Bengale, d’autres dans les étoiles.

(inspiré d’une chanson de Michel Legrand).

Atelier bricabook Photo Romaric Cazaud


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«A most violent year» : intéressant malgré quelques longueurs

J.C. Chandor nous emmène dans le New York des années quatre-vingt, gangrené par la violence et la corruption. Abel Morales est un immigré mexicain qui a construit son entreprise dans le milieu du pétrole à la force du poignet. Intègre, Abel croît au travail et pense que chacun peut tracer son chemin sans renoncer à ses valeurs. Hélas, des ennemis dans l’ombre sont en train de saborder son affaire. Les ennuis vont s’accumuler sur sa tête comme dans un bon roman noir.

MON AVIS

Le sujet du film est intéressant. La rêve américain existe-t-il encore ? Le travail et l’honnêteté peuvent-ils l’emporter sur les magouilles et l’immoralité ? Le point fort du film est de mon point de vue sa photo. Le New York des entrepôts de briques abandonnés est très bien filmé. Une atmosphère lourde s’en dégage et plombe le climat peu à peu. Le pauvre Abel semble parfois bien seul car même ses proches semblent tenter de donner un petit coup de pouce au destin pour se sortir de tous ces tracas. L’évolution du personnage principal est particulièrement réussi avec Oscar Isaac dans le rôle de cet émigré à la personnalité carrée et au caractère affirmé. Jessica Chastain offre un portrait très nuancée dans le rôle de dans l’épouse. On regrettera la longueur du film (30 minutes de moins aurait été parfait) et un scénario moins maîtrisé que dans “margin call”.

♥♥♥+ / ♥♥♥♥♥


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Grisaille

15961334320_6511b3e0a2_zC’est une triste journée d’hiver. Un ciel plombé recouvre la ville. Une bise glaciale s’engouffre dans les rues et balaye les halls de la gare. Une odeur de goudron et de poussière irrite les poumons. Le grincement strident des freins des locomotives déchire les tympans comme ces voix aigües qui s’échappent des haut-parleurs.

Sur le quai vide, je grelotte. C’est le 31 décembre. Il est midi et je suis seul. En face de moi de l’autre côté des rails, une foule bruyante attend son train. Un air de fête flotte au-dessus des bonnets de laine et des gros anoraks. Les gens parlent fort, gesticulent, s’interpellent à tue-tête et éclatent de rire. Ils célèbrent déjà la nouvelle année.

Moi, je suis seul. Elle n’est pas venue. J’ai attendu longtemps au bout du quai guettant son visage pâle dans le flot des voyageurs. Puis, j’ai remonté le courant jouant des coudes sans me soucier des regards irrités. Parfois, je croyais voir sa longue tresse brune soyeuse ou son écharpe bariolée. Puis, la foule s’est dispersée. Le quai s’est vidé. Le train est reparti.

Une amie m’a dit que la façon dont on passe la nouvelle année déterminera la manière dont l’année entière se déroulera.

Tristesse

Atelier Bricabook Photo Julien Ribot