Un crime sans importance de Irène Frain

Résumé

Les faits. Le peu qu’on en a su pendant des mois. Ce qu’on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l’unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d’été indien. Certains avaient réenfilé leurs bermudas et leurs tongs et projetaient d’organiser des barbecues dans leur jardin.
L’agresseur, a-t-on assuré, s’est introduit dans la maison de l’impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l’a toujours pas rendu. »
Face à l’opacité qui entoure ce fait-divers authentique — peut-être celui d’un serial killer — Irène Train a reconstitué l’envers d’une ville de la banlieue ordinaire et voulu mettre des mots sur l’indicible à travers un récit taillé comme du cristal où s’entremêlent l’intime et l’exploration des « zones interdites » de notre société française. Pour réparer ce que la justice a ignoré mais aussi conjurer le silence d’une famille.
Mon avis
J’ai aimé dans ce livre l’écriture élégante d’Irène Frain. On suit sans ennui l’histoire de ce fait divers et les répercussions profondes qu’il a sur la sœur de la victime. Il y a le travail de mémoire et de souvenirs, la culpabilité que l’on ressent toujours face aux morts. Et puis cette sœur qu’elle avait perdue de vue a joué un rôle fondateur dans son parcours en lui ouvrant le monde des livres et de l’instruction.
Irène Frain réserve aussi de nombreux passages savoureux aux méandres de l’administration française, justice et police en particulier. Un univers digne de Brazil ou de Kafka. Une administration qu’elle juge obèse et qui a un don certain pour ensevelir les dossiers.
L’analyse sociologique est le volet qui m’a le plus intéressée, mais il n’a pas été selon moi assez creusé. Il n’y a pas véritablement d’enquête pour savoir ce qu’il s’est passé. Et les nombreuses interrogations ne seront pas levées. Or, il y avait matière pour parler de ces invisibles, de ces personnes âgées ou handicapées en dessous du radar des statistiques qui ne provoquent aucun intérêt de la part des médias et dont certaines meurent dans la violence et dans un silence assourdissant.
L’évolution du paysage urbain a retenu aussi mon attention, avec un petit côté Annie Ernaux sans être toutefois aussi percutant. La mutation d’une petite zone pavillonnaire rurale, emprisonnée désormais entre les centres commerciaux à perte de vue, les zones d’entrepôts, la rocade et les HLM sensibles reflète bien les problématiques de notre époque.

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