L’attaque du Calcutta-Darjeeling de Abir Mukherjee

Un excellent polar
Résumé

La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde. Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique : chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons. Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité d’un bordel ? C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee. De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.
Mon avis
L’ancien policier de Scotland Yard, le capitaine Wyndham, traumatisé par la guerre de 1914, débarque à Calcutta pour occuper un poste d’inspecteur. Sa première affaire, l’assassinat d’un haut fonctionnaire anglais, va le plonger dans cette ville tentaculaire, étouffante de chaleur, suintante d’humidité. Des quartiers misérables aux somptueuses propriétés des marchands enrichis ou du vice-roi, le lecteur va croiser toutes les classes sociales qui composent ce somptueux patchwork.
Cette plongée documentée et vivante dans le Calcutta de l’entre-deux-guerres impressionne par son érudition, sa connaissance intime de la société des colons comme celui des nombreux quartiers où vivent ceux qu’on appelle : les « indigènes ».
L’auteur nous offre matière à réflexion sur la puissance de ce colosse au pied d’argile qu’était l’Empire Britannique au moment où l’envie d’indépendance germe dans l’esprit de nombreux Indiens. En effet, comment 150.000 Anglais peuvent-ils diriger trois cents millions d’Indiens ? Et bien, comme l’explique l’auteur en s’appuyant sur leur supériorité morale: capacité à rendre la justice, à arrêter les coupables, solidité des institutions, incarnée par le Vice-consul. La face cachée est plus sombre : la corruption, les enjeux économiques, une justice à deux vitesses, des lois scélérates gangrènent cette société fondée sur l’inégalité des races.
Le personnage du capitaine Wyndham est très attachant. Cet homme hanté par la Grande Guerre et la mort de ses proches a perdu ses illusions sur la supériorité de l’Empire, ce qui lui permet de voir plus clairement que les autres anglais la fragilité du système. Le sergent Banerjee, un brahmane éduqué à Cambridge, va former avec Wyndham un tandem insolite, mais efficace.
L’intrigue manque de mon point de vue de tension et de richesse narrative. Mais le roman frappe l’esprit par cette immersion dans l’Inde coloniale et la subtilité des enjeux politiques. L’auteur est à la fois d’origine pakistanaise, et britannique. Il est né et a été éduqué en Écosse. Son point de vue est très subtil sur les forces en présence, loin de la caricature.

Editions : Liana levi

2 réflexions sur “L’attaque du Calcutta-Darjeeling de Abir Mukherjee

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