Cléo Ballatore


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« Life » : pas terrible

Life se propose de faire revivre ces quelques semaines, qui appartiennent à l’histoire de la photo, quand un jeune photographe (Dennis Stock) a immortalisé une future icône (James Dean). Le sujet était intéressant. Il permettait de suivre dans une décennie en pleine mutation, deux jeunes gens qui se cherchaient, à un âge où les amitiés se nouent spontanément, à une époque où les attachés de presse ne se mêlaient pas de tout.

MON AVIS

Hélas ! le résultat n’est pas à la hauteur de son sujet. Si les photos de Dennis Stock sur James Dean sont toujours fascinantes, le film lui est ennuyeux. L’image est belle ainsi que les cadrages. Les acteurs sont bons. Mais Anton Corbijn a raté son film. Le rythme est mou et l’intrigue n’offre pas de rebondissements. Le film oscille entre les états d’âme de Dean à l’idée de devenir un rouage dans la grosse machinerie hollywoodienne et l’angoisse de Stock de ne pas arriver à percer et à être reconnu. Ces deux icônes donnent rarement l’impression de s’éclater. Il manque assurément de la folie et de la gaieté à ce Life.

Il émane de Dane deHaan un réel charisme, un mélange de grâce et de légèreté qui rend électrique son James Dean. On pourra regretter qu’il en fasse un peu trop. Le choix de marmonner, comme Dean le faisait, donne un caractère parfois artificiel à sa performance. Le fait de représenter Dean comme un personnage désaxé dans toutes les scènes ou presque accentue encore son irréalité. Robert Pattinson dans le costume de Dennis Stock est très convaincant. Il en fait un personnage complexé, coincé, froid et égocentrique, qui ne semble animé que par sa colossale ambition, celle d’être reconnu. Là encore, on aurait aimé un peu plus de subtilité. Stock apparaît presque comme un débutant en mal de reconnaissance, alors à cette époque il s’était déjà fait remarquer et avait noué de fructueuses relations. Stock et Dean étaient proches à ce moment-là. Or, leur complicité apparaît rarement. On a plutôt l’impression que Dean prend Stock en pitié et le laisse s’accrocher à son char triomphant. De plus, à aucun moment Stock n’est sympathique ou attachant ou fascinant; or on peut penser qu’une telle personnalité ne devait pas être aussi lisse.

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« Le labyrinthe du silence » : un très bon film

Ce film aborde une partie de l’histoire souvent méconnue de l’immédiate après-guerre en Allemagne. La population allemande avec la bénédiction des Alliés veut tourner la page douloureuse de la guerre et se reconstruire. L’air du temps l’y pousse. La musique américaine, le cinéma et les nouveautés diffusent de la gaieté et l’envie de croire à l’avenir. Si les leaders de l’Allemagne nazie ont bien été jugés lors du procès de Nuremberg, nul ne s’est jamais penché sur l’attitude des officiers, des sous-officiers et du personnel militaire dans les camps de concentration. Et pour cause ! la plupart des citoyens allemands, les jeunes en particulier, ignorent que de tels camps ont existé. On leur a vaguement parlé de camps pour personnes déplacées, sans plus. Le nom d’Auschwitz est inconnu des citoyens. Les anciens bourreaux ont donc pu reprendre tranquillement leur vie d’avant. Ils sont professeurs, boulangers, hommes d’affaires. Ils sont protégés par un puissant réseau d’anciens nazis qui a infiltré la police et l’administration. Un homme veut lever cette omerta, traduire en justice ces criminels et obliger l’Allemagne à assumer le fardeau de ses crimes de guerre. Il s’appelle Fritz Bauer. Il occupe un poste élevé dans l’appareil juridique. Il va confier cette enquête à un jeune juge, naïf, sans expérience, mais intègre et qui croit encore à la justice.              

MON AVIS

Ce film est passionnant. On croit tout savoir de cette période, mais ce n’est pas le cas. À travers ce juge innocent, les Allemands, les jeunes en particulier, vont découvrir le passé de leur pays ainsi que celui de leurs proches. Le chemin qui conduit à la vérité est tortueux. De nombreux personnages s’efforceront de mettre des bâtons dans les roues voire d’empêcher cette enquête d’aboutir. Le héros déploiera une énergie considérable pour mener à bien sa mission, et, comme souvent, il ne sortira pas indemne de sa plongée dans ce passé douloureux.   

♥♥♥♥♥ / ♥♥♥♥♥


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« Big eyes» : du charme

Dans le couple Keane, il y a Margaret, une jeune artiste timide et introvertie, qui joint difficilement les deux bouts avec sa fille, et Walter Keane, un peintre du dimanche, vendeur dans l’immobilier. Ces deux caractères vont s’attirer : il admire en elle l’artiste, elle, sa débrouillardise et son culot. Walter essaie de placer leurs peintures, sans succès. Mais ce commercial hors pair va réussir à attirer l’attention sur lui et les tableaux de Margaret. Cette dernière représente des enfants esseulés dont les grands yeux touchent par la solitude et la mélancolie qu’ils dégagent. On est au cœur du mouvement Pop Art, et, comme souvent dans ces périodes charnières, la frontière est tenue entre les œuvres qui laisseront leur marque dans l’histoire de l’art et le kitch (certains pourront faire un parallèle avec le travail de Jeff Koon). Son mari, qui sait remarquablement capturer l’air du temps, va réussir, en s’appropriant l’œuvre de sa femme, à devenir un des artistes influant de sa génération, jusqu’au jour où Margaret va emprunter le chemin qui conduit à l’émancipation.

MON AVIS

Ce film a du charme avec son décor acidulé des années cinquante. On suit le bouleversement du monde l’art qui voit émerger grâce à la reprographie des œuvres boudées par la critique, mais plébicitées par le grand public et on assiste, à travers Margaret, au lent mouvement d’émancipation de la femme. Amy Adams est très touchante dans le rôle de cette jeune femme qui manque cruellement de confiance en elle et qui se fait dépouiller de son œuvre. Christoph Waltz en fait des tonnes pour incarner ce mari charmeur et manipulateur. Tim Burton a quitté le terrain du fantastique pour le monde réel. Sa mise en scène est subtile. Rien n’est simple dans ce couple, car si Walter s’est bien approprié le travail de sa femme, sans son formidable bagou, Margaret serait restée certainement inconnue du grand public.

♥♥♥ / ♥♥♥♥♥


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« Divergente 2 : l’insurrection » : Bien

Nous retrouvons Tris Prior. Dans « divergente », nous avons découvert un Chicago post-apocalyptique, protégé par une immense barrière, où la société est organisée en cinq factions, Audacieux, Erudits, Sincères, Altruistes et Fraternels. Chacune d’elles remplit une tâche précise dans la cité : justice, maintien de l’ordre, don de soi… tout individu est strictement contrôlé. Reste le rebut de la société, les sans-factions, des individus qui ont été écartés par leurs propres factions. Les divergents, comme Tris, sont des individus inclassables, jugés dangereux par le pouvoir en place, car impossible à contrôler. Après avoir rejoint les Audacieux et son beau chef d’équipe, Quatre, Tris a réussi à déjouer l’attaque des Erudits qui, alliés avec une partie des Audacieux, a éradiqué sa faction d’origine, les Altruistes. Recherchés par les autorités et en particulier Jeanine, le leader des Erudits, les deux jeunes gens vont tenter de survivre dans ce monde à feu et à sang où l’équilibre a été définitivement rompu et de comprendre pourquoi les divergents constituent une telle menace. Tris devra aussi apprendre à faire le deuil de ceux qu’elle a aimés.

MON AVIS

On retrouve avec plaisir les acteurs de cette dystopie. Le décor est à nouveau très réussi avec un paysage de désolation où les tours de Chicago sont à moitié carbonisées, et les quartiers très typés des différentes factions. Le rythme du film est bon, sans temps mort. Les défauts du premier volet ont été gommés et l’intrigue renforcée. Les tests de simulations restent flippants. Des stars sont venues épauler les jeunes acteurs. On citera Noami Watts et Octavia Spencer. Shailene Woodley étoffe son personnage, en étant à la fois physique et vulnérable, parfois dépassée par les enjeux. Theo James, le compagnon d’aventure de Tris, a toujours beaucoup de charisme. Kate Winslet, à la tête des Erudits, est fascinante. On regrettera une histoire moins profonde que celle d’Hunger Games et des personnages moins fouillés.

♥♥♥+ / ♥♥♥♥♥


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«American Sniper» : un bon film

Ce film suit la vie d’un héros de l’Amérique d’aujourd’hui. Celle du sniper le plus célèbre de la guerre en Irak, Chris Kyle. À travers la courte vie de ce Texan, profondément imprégné des valeurs américaines : le patriotisme, la foi et la famille, nous découvrons le quotidien des soldats envoyés au front.

MON AVIS

L’intérêt de ce film réside dans sa vision nuancée de l’engagement en Irak. Clint Eastwood se garde bien de porter un jugement moral sur cette page d’histoire. Il traite avec beaucoup de respect le portrait de cet homme du peuple, pétri des valeurs traditionnelles, certes limité dans son raisonnement, mais qui a démontré un sens profond de l’engagement. Le film parle aussi des traumatismes que ramènent ces soldats une fois rentrés au bercail, et leurs souffrances face à des concitoyens et des autorités indifférents à leur sort. Sur le terrain, les actions des troupes d’élite semblent confuses, les objectifs flous, les armes déployées disproportionnées par leur taille face à des civils apeurés, pris en otages entre les troupes américaines et les rebelles sanguinaires.

La mise en scène est classique, sans temps mort avec de grandes scènes de guerre. Bradley Cooper est excellent dans ce rôle presque à contre-emploi. Le beau gosse d’Hollywood a réussi se fondre dans le destin de ce Texan brut de décoffrage.

♥♥♥+ / ♥♥♥♥♥


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«Imitation Game» : un bon film

Le film retrace les moments-clés de la vie du mathématicien Alan Turing, un des cerveaux les plus brillants de sa génération. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Alan Turing est embauché par le gouvernement britannique pour essayer de « craquer » le code enigma utilisé par les Allemands dans leurs transmissions. Ce code est changé chaque jour à minuit. C’est une course contre la montre qui s’engage avec à la clé la victoire des Alliés.   

MON AVIS

Ce biopic est très réussi. Sa construction fragmentée permet de cerner l’homme derrière le génie. Certes, on admire l’intelligence exceptionnelle d’Alan Turing, mais on découvre aussi un personnage touchant. Le thème de la différence est ici abordé avec beaucoup de finesse. Bien sûr, il y a l’orientation sexuelle de Turing, durement condamnée à l’époque par la loi. Mais il y a aussi le thème de la différence qui fait de Turing un être rejeté par ses condisciples. Son caractère entier, son arrogance, son incapacité à saisir les nuances sociales en font parfois un personnage insupportable contrebalancé par sa sensibilité, sa maladresse et son côté professeur Tournesol. Les décors et les costumes sont de toutes beautés. On plonge immédiatement dans l’époque. Le suspens est bien conduit et on suit avec plaisir cette équipe de grosses têtes. Benedict Cumberbatch déploie une grande sensibilité et parvient à capturer la complexité d’un tel personnage.

♥♥♥♥ / ♥♥♥♥♥


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«Into the woods» : manque un peu de rythme

Un couple de boulangers ne peut pas avoir d’enfants. Une terrifiante sorcière leur apprend qu’ils sont victimes d’une malédiction qu’ils pourront briser à condition de rassembler plusieurs objets. Ils ont trois jours pour trouver une vache blanche, la cape du petit chaperon rouge, une pantoufle dorée et des cheveux blonds comme la paille. Notre couple va partir dans les bois où il va croiser de nombreux personnages célèbres : cendrillon, Jack, Raiponse, le prince charmant, le loup…

MON AVIS

Cette comédie musicale, qui croise cinq contes célèbres, a fait les beaux jours de Broadway. Elle est servie par une brochette d’acteurs impeccables. On citera Meryl Streep en sorcière, Johnny Depp en grand méchant loup, Emily Blunt, Hanna Kendrick. Les effets spéciaux sont soignés. L’histoire offre de nombreux rebondissements. C’est incontestablement un spectacle familial de qualité. On s’ennuie un peu toutefois. Est-ce parce que les Français ne sont pas des grands amateurs de comédie musicale ou bien par ce que tout cela manque finalement de rythme ou d’originalité ?

♥♥♥+ / ♥♥♥♥♥