Cléo Ballatore


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Le fantôme de la plantation Burry – Les 24 heures de la nouvelle

Germany --- Decayed interior of Sanatorium Teupitz, Brandenburg, Germany --- Image by © David Pinzer Photography/Image Source/Corbis

Une légende raconte qu’à minuit, le soir de la Saint-Jean, si une fille se regarde dans un miroir en mangeant une pomme, son futur fiancé apparaît.

I

Léa était trop raisonnable pour croire à ces histoires de bonnes femmes. Cependant, depuis une semaine, elle comptait les jours. Elle avait hâte, elle la citadine, d’expérimenter la légende locale. Elle était en vacances dans la petite ville d’Empton en Louisiane avec sa sœur Pauline, chez son oncle et sa tante. Sa cousine, Patricia, une fille prétentieuse, l’avait intégrée, avec un soupir d’exaspération à son groupe d’amies. Léa n’en avait pas envie, mais Pauline avait dit d’un ton sans réplique « Je ne viens pas si elle ne vient pas ». Or, tout le monde adorait Pauline.

Le soir de la Saint-Jean, le groupe de filles se dirigea vers une vieille maison abandonnée à la sortie de la ville. Elles étaient cinq. Enfin, quatre plus elle. Léa marchait derrière à quelques pas, en s’efforçant de ne pas se laisser distancer. C’était une nuit chaude et douce, éclairée par une lune pleine et ronde, traversée par des lucioles qui jetaient un éclat doré dans l’obscurité. La route était déserte, bordée de chênes aux troncs épais, aux branches sombres presque menaçantes. Les quatre filles se tenaient par la main en chuchotant. De temps en temps, elles se retournaient en pouffant de rire. Léa savait que Patricia se moquait d’elle. Elle détonnait avec sa silhouette efflanquée et ses cheveux raides et noirs, parmi ces belles du sud à la peau de pêche et à la chevelure dorée.

La maison se situait au bout d’un chemin de terre. Une allée recouverte de feuillage formait comme un tunnel. Les chênes, qui la bordaient, étaient si hauts et si vieux que leurs branches s’étaient enchevêtrées. Le passage conduisait à une élégante demeure à la façade grise, aux volets déglingués et aux gouttières crevées.

Elles poussèrent la porte d’entrée et se retrouvèrent dans un vaste hall. Une odeur âcre de poussière flottait dans l’air. La peinture blanche des murs humides s’écaillait. Elles gravirent un immense escalier aux marches tremblantes, longèrent un couloir enténébré. Dans une petite pièce éclairée par la lune pâle, un grand miroir ovale posé contre un des murs montait jusqu’au plafond. Le mercure était piqueté et la dorure qui recouvrait le cadre ternie et usée par endroit. La glace était particulièrement sombre presque noire avec une surface concave.

Les filles installèrent des bougies de part et d’autre du miroir. Leurs flammes vacillantes créaient des reflets changeants.

— Tu seras la première, lui dit Patricia, honneur aux invités.

Elle ricana en donnant un coup de coude à une de ses amies. Léa se sentit mal à l’aise. Elle eut soudain envie de partir. Mais c’était trop tard.

Pendant qu’une des filles lui mettait la pomme dans la main, une autre d’une bourrade la poussa devant le miroir. La cloche de l’église voisine se mit à sonner. Elle croqua dans la pomme. Un coup, deux coups, trois coups. Rien. Le miroir noir était d’un bleu foncé très profond. Il aspirait presque son reflet. Quatre coups, cinq coups, six coups. Elle soupira. C’était des fadaises. Sept coups, huit coups, neuf coups. Son cœur battait très fort. La pomme glissait de sa main moite. Dix coups, onze coups, douze coups.

Un jeune homme apparut. La paume de sa main blanche était posée contre la glace, de l’autre côté. Il était pâle avec des cheveux blonds en désordre et des yeux gris étrangement lumineux. Son visage était mélancolique. Il était vêtu comme au dix-neuvième siècle avec une redingote et une chemise à jabot. Il l’examina. Puis, sa main fraîche lui effleura la joue. Sa voix mélodieuse chuchota à son oreille : « Quelle jolie jeune fille ! » Ses doigts caressaient ses cheveux comme s’il voulait les coiffer. Aussi immobile qu’une pierre, Léa regardait dans la glace ses cheveux se relever, noués avec une guirlande de fleurs de sauvagines blanches. Le jeune homme allait à nouveau parler quand un coup de vent éteignit les bougies.

Léa était livide. Pauline l’entoura de ses bras. Les autres filles ricanaient.

— C’est le fantôme de la plantation Burry que tu as vu. C’est lui ton promis. Félicitations ! Il a au moins 150 ans. Il assassine ses fiancées. Un soir, il viendra de tirer par les pieds, dit Patricia en éclatant d’un rire méchant.

Léa s’enfuit en courant dans la nuit. Le lendemain, elle tomba gravement malade. Ils durent écourter leurs vacances. Lire la suite


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Quelles sont les nouvelles depuis la rentrée de septembre ?

A poster promoting Ireland tourismDu côté des AT, j’ai été active. J’ai envoyé une nouvelle et j’en finalise une deuxième qui partira dans les prochains jours. D’ici la fin de l’année, je compte participer à au moins un autre AT. Toujours dans le genre fantasy/fantastique.

J’ai repris un atelier d’écriture par email. C’est un atelier exigeant, très littéraire mais formateur. J’ai l’impression de progresser et d’apprivoiser les subtilités de l’écriture.

Pour l’instant, mes projets d’écriture “longs” sont en sommeil. Ils ne sont pas encore suffisamment clairs dans ma tête et maîtrisés au niveau du synopsis. Pour mémoire, j’en ai 2.

  • Le projet 1 est un polar qui se déroulerait dans le milieu de l’art moderne. J’ai lancé quelques pistes avec mes chroniques berlinoises. Mais l’histoire et les rebondissements ne sont pas assez fournis.
  • Le projet 2 est un vaste Space Opera dont les contours sont encore flous. A travers les AT, j’essaie de développer des facettes de cet univers.

Un projet 3 a germé dans ma tête depuis la rentrée. Les aventures d’un détective privé spécialisé dans les affaires surnaturelles au 19 siècle en Europe. J’envisage d’en faire un feuilleton.

Du côté des publications, la rentrée a été bienveillante pour moi.

Nouveau Monde a retenu “Les Sombres” pour son numéro 8, d’avril 2015 consacré à l’héroïsme.

Henose (ex Absinthe) a publié “Les sirènes du Delta” dans le numéro 6 du trimestriel Enchantement, dont le thème était la métamorphose. Cette revue est dédiée à la romance dans l’imaginaire. Je vous livre le début de cette nouvelle :

An illustration of a woman and animals made up of a collection of colorful fragments“Dans ses rêves, Constance était sur un bateau qui quittait l’enceinte du port pour s’élancer vers les eaux profondes de l’océan. Légère comme l’écume des vagues, elle se fondait dans le bleu lumineux et, pendant quelques secondes, elle devenait un élément de ce monde libre et pur. Puis, une femme surgissait de nulle part. Elle avait la grâce d’une sirène avec ses longs cheveux dorés frémissants au vent et ses yeux pairs remplis de mystère. Elle pointait son index sur Constance et éclatait d’un rire moqueur et cruel. Alors, Constance se réveillait en sursaut, en sueur. Aucune échappatoire n’était possible. “

http://fr.calameo.com/read/002129395080cab58fa10

Que du bonheur !


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Ma nouvelle, « Les Sombres », sélectionnée par la revue Nouveau monde

Ma nouvelle, « Les Sombres »  a été retenue dans ce collectif dont le thème est « Héroïque ». La publication est prévue pour avril 2015. Je suis en très bonne compagnie. Je connais et j’apprécie certains des auteurs sélectionnés. Nouveau Monde a vocation à encourager des écrivains et des illustrateurs. Un grand merci à cette équipe formidable.

NOUVEAU MONDE n°8 (« Héroïque ») : liste des nouvelles sélectionnées


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« Les sirènes du Delta » publié chez Absinthe

Bonjour à tous,

Ce retour de vacances m’a réservé une très agréable surprise. Ma nouvelle « Les sirènes du Delta » a été retenue pour le numéro 6 d’Enchantement, un des trois webzines d‘Absinthe, spécialisé dans la littérature de l’imaginaire. Le thème de l’appel de textes était la métamorphose.

Le début de la nouvelle :

“Dans ses rêves, Constance était sur un bateau qui quittait l’enceinte du port pour s’élancer vers les eaux profondes de l’océan. Légère comme l’écume des vagues, elle se fondait dans le bleu lumineux et, pendant quelques secondes, elle devenait un élément de ce monde libre et pur. Puis, une femme surgissait de nulle part. Elle avait la grâce d’une sirène avec ses longs cheveux dorés frémissants au vent et ses yeux pairs remplis de mystère. Elle pointait son index sur Constance et éclatait d’un rire moqueur et cruel. Alors, Constance se réveillait en sursaut, en sueur. Aucune échappatoire n’était possible. “      

Voici le lien :

http://fr.calameo.com/read/002129395080cab58fa10

Bonne lecture !


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Patmos, la cité argentée

Je m’appelle Natacha. J’ai 18 ans. J’habitais la planète des pluies et des montagnes noires mais mon rêve était d’aller rejoindre mon amie Pixis à Patmos, la capitale de l’Empire. Notre planète était trop sombre avec ces grandes montagnes de pierres noires qui retiennent les nuages, nos villes trop austères. Mais la liberté de circuler est sévèrement contrôlée dans l’Empire depuis la guerre contre la Reine Blanche. Le Cardinal a maté la rébellion. En contrepartie, l’Empereur lui a accordé les pleins pouvoirs. Maintenant, tout déplacement doit être justifié. Nous sommes tous munis d’un trackeur, un micro-processeur implanté derrière l’oreille droite, qui contient notre code ADN. Les détecteurs peuvent ainsi vérifier notre identité. Il permet aussi de se connecter, de payer ses achats, d’écouter de la musique, d’accéder à ses archives… Pour me rendre à Patmos, je me suis présentée au concours organisé par le ministère de l’intérieur pour recruter des fonctionnaires. Les candidats sont peu nombreux car ce ministère dirigé par le Cardinal fait peur. Ceux qui y travaillent jouissent de nombreux privilèges mais suscitent la méfiance de la population. Je réussis les tests et fus convoquée pour l’examen final à Patmos. En moins d’une heure, je rassemblai mes affaires le cœur léger avant d’embrasser mes parents.  

L’arrivée à Patmos fut un choc. A travers une brume légère, des buildings en briques argentées et verre se dressaient comme des sentinelles et réfléchissaient la lumière du soleil comme un immense miroir. Les formalités furent brèves grâce aux trackeurs. Dès que les portes du vaisseau s’ouvrirent, une voix désincarnée m’interpella. “Bienvenue à Patmos Natacha et bonne chance pour votre examen. Le tram 22 vous conduira à votre hôtel. Je crois que vous appréciez le groupe Métal. Il passe ce soir sur le canal 433. Bon séjour chez nous.” Voilà. Ils savaient tout. C’était comme ça. Sagement, je pris le tram 22 et descendis à l’hôtel indiqué.  

Le lendemain matin, je me présentai au ministère pour passer les examens. Je partis ensuite explorer la ville. C’était une belle journée du mois de Messidor. Une odeur de blé fraîchement coupé flottait dans les rues. A un moment, je me mis à fumer une cigarette dans un endroit autorisé. Immédiatement, le trackeur s’alluma. “Vraiment Natacha, ce n’est pas raisonnable. Fumer est mauvais pour la santé.” Un film sur les méfaits de la cigarette fut alors envoyé à mon cerveau. J’y étais habituée sauf qu’à Patmos tout était plus fort, plus violent. Le film me fila la frousse.

Au cœur de la cité, se trouve le palais de l’Empereur, protégé par une muraille de verre. Entouré d’eau, il ressemble à un nénuphar rose et blanc. Tout autour, s’étendent les quartiers des ministères et des commerces. Les rues munies de capteurs gèrent le trafic. La nuit, elles s’éclairent aux passages des voitures et des piétons. Les transports en commun sont gratuits. De nombreux buildings ont été transformés en ferme depuis que la cité s’est en partie vidée de ses habitants au profit des campagnes. Ils forment d’immenses colonnes vertes rafraîchissantes dans la ville argentée. Au rez-de-chaussée, on trouve les étalages de légumes et de fruits frais de la ferme, les herboristeries et des boutiques artisanales de produits de soins et de beauté. L’Empire gère scrupuleusement nos ressources en privilégiant les produits durables, fabriqués localement. Les paysans sont redevenus une classe sociale puissante. Ils fournissent désormais l’énergie, la nourriture, les plantes pour se soigner et même ce tissu, léger presque translucide mais solide et résistant, qui donne une fluidité extraordinaire à nos mouvements.

Tout au long de ma balade, je fus sollicitée par des publicités : « Venez vous relaxer après votre travail. » Des fragances inconnues m’assaillirent me donnant une impression de calme et de sérénité. « Ce soir, réunissons nous chez Petrus, votre bar de quartier, pour regarder notre feuilleton policier préféré. Si vous trouvez le coupable, le patron offre une bière.»          

Le lendemain à la première heure, je quittai l’hôtel, pris la ligne 43 du métro aérien pour aller chez Pixis, que je n’arrivais pas à joindre. Une fois le centre ville passé, le métro se vida. Puis, il s’arrêta alors qu’il y avait encore quatre stations avant mon arrêt. J’interrogeai un employé qui me regarda comme si j’étais une demeurée. “Le métro ne va pas plus loin. ”  Une fois dans la rue, je fus surprise par le manque de lumière. Les briques des immeubles étaient sales et le verre couvert de poussière. Les écrans publicitaires géants étaient crevés. Les caméras de surveillance avaient été arrachées. Certaines gisaient au sol brisées en mille morceaux …Sur un mur délabré, je vis une pièce d’échec merveilleusement dessinée en 3D, une reine blanche. Soudain, mon trackeur bourdonna : « Arrêtez ! Vous sortez des frontières de l’Empire.». C’était trop tard. J’avais déjà pénétré dans ce quartier âpre aux rues sombres et étranglées.