Cléo Ballatore


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La revue Bancal : concours de nouvelles – Ma nouvelle est retenue !

Voilà un petit mail qui fait plaisir à recevoir. Il fallait illustrer avec un texte des photos de Mark Drew.

http://www.mark-drew.com/

cf

Bonjour,

C’est avec grand plaisir que nous vous annonçons que votre texte a été
sélectionné par le jury du concours de nouvelles organisé par la revue
Bancal !

Voici les 12 contributions retenues :

La roue du destin de Cléo Ballatore
Nue, Motel Cotton corn de Florence Denat
Tu dis les vagues de Pierre-Antoine Brossaud
Moment(s) de Véronique Dubois
Les algues de Jimmy d’Olivier Remadna
La mer, le ciel et l’horizon de François Legay
Tri sélectif de Jérôme Onof
Pastiche série noire de Bruno Baudart
Sweetie est partie d’Abdelhak Branki
Duel d’Angèle Casanova
Black Swan d’Ingrid S. Kim
Luna, parole de poussière d’Olivier Warzavska

Les textes gagnants feront l’objet d’une publication (imprimée et
numérique) au sein d’un recueil de nouvelles édité par les Editions
Bancal.
http://www.revue-bancal.fr/contributions/concours-de-nouvelles-resultats


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Sixto Rodriguez

Sixto Rodriguez est né à Detroit, le 10 juillet 1942, de parents émigrés mexicains. Il est le sixième d’une grande fratrie. Dans sa jeunesse, c’était un marginal. Le jour, il vivait de petits boulots. La nuit, il jouait de la musique dans des bars miteux. Il composait aussi. Il a enregistré deux albums : « Cold Fact » en 1970 et « Coming from Reality » en 1971.

La première fois que « Cold Fact » a été écouté en Afrique du Sud, ce fut lors d’une soirée d’étudiants au Cap. Une Américaine avait apporté le disque des États-Unis. Tout de suite, cette voix nasale un peu râpeuse, ces ballades tintées de folk et ces paroles qui parlaient de liberté ont semblé familières à la jeunesse afrikaner. Rodriguez chantait la sexualité, exaltait la drogue et dénonçait l’atteinte aux droits civiques. Autant de sujets tabous dans cette société contrôlée, coupée du monde où l’apartheid maintenait les jeunes sous une chape de plomb. Rodrigues devint un symbole de la révolte qui grondait. Ses disques s’échangeaient sous le manteau. Certaines de ses chansons furent interdites à la radio comme « I wonder ». Les autorités rayaient en profondeur la piste du vinyle pour s’assurer de la bonne exécution de leurs ordres.

téléchargementUn mystère demeurait. Qui était Rodrigues ? Les revues de rocks, qui leur parvenaient du Royaume-Uni ou des États-Unis, n’en parlaient jamais. Sur la pochette de « Coming from Reality », on voyait un jeune homme d’une vingtaine d’années aux traits hispaniques, aux longs cheveux noirs et raides dont le visage était en partie dissimulé par une paire de lunettes de soleil. Il était vêtu d’un jean pattes d’eph, d’une chemise blanche et de boots. Enveloppé dans la lumière dorée d’une chaude fin d’après-midi, Rodriguez était assis sur les marches d’une maison abandonnée. Un jour, quelqu’un apprit qu’il était mort. On racontait qu’il s’était suicidé sur scène en se tirant une balle dans la tête.

Les années passèrent et, un matin, sur un coup de tête, un journaliste décida de mener l’enquête. Il voulait découvrir l’homme qui se cachait derrière cet artiste qui avait marqué sa génération. Il visita les maisons de disques du Cap qui écoulait sa production. Les responsables des labels ne savaient rien sur Rodriguez. Ils versaient des royalties chaque année à une société américaine basée à LA. Lors d’un voyage en Californie, il réussit à le rencontrer le propriétaire qui lui jura dans les yeux dans les yeux qu’il n’avait jamais reçu le moindre dollar d’Afrique du Sud. Il ignorait que Rodriguez était connu là-bas. Selon lui, ses disques avaient été piratés. Quant à Rodriguez, il l’avait perdu de vue après l’échec successif de ses albums. Cependant, il assurait qu’il ne s’était pas suicidé sur scène.

Lors de son retour en Afrique du Sud, le journaliste, dépité, décida de créer un site internet dédié à son idole. Un soir de juin 1997, son téléphone sonna. C’était une lumineuse soirée d’été agrémentée d’une fraîche brise marine. Un de ces instants magiques où la nature est en harmonie avec nos émotions. Il aurait reconnu entre mille cette voix chaude, un peu râpeuse. Rodriguez était en vie. Il avait entendu parler du site. Il découvrait sa notoriété en Afrique du Sud. Il croyait à une mauvaise blague. Mais le journaliste réussit à le convaincre. Rodriguez resta alors silencieux un si long moment qu’il pensa qu’il avait raccroché.

Quand il le rencontra à Detroit, il trouva un homme âgé de soixante ans au sourire doux qui parlait de fraternité et de liberté. Comme sa vue était faible, il portait des lunettes teintées, aux verres épais qui masquaient ses yeux d’un brun profond. Sa vieille guitare l’accompagnait partout. Quel que soit l’endroit, il grattait des mélodies en fredonnant de sa voix un peu voilée. Le difficile travail sur les chantiers avait déformé ses mains maintenant épaisses, recouvertes d’une peau rêche, tavelée, aux ongles gris parfois cassés. Mais dès qu’il pinçait les cordes de sa guitare, elles redevenaient gracieuses et légères. Quelques fois, il s’énervait. Les inégalités le révoltaient. Son débit devenait alors plus rapide et ses gestes saccadés. Certains soirs, il avait un coup dans le nez. La vie avait été dure avec lui. Il avait dû abandonner l’espoir de faire carrière dans la musique. Il ne se plaignait jamais de l’injustice de son sort mais dans ces moments son regard trahissait sa souffrance. En silence, il buvait des verres de whisky les uns après les autres.

Rodrigues habite toujours dans sa modeste maison en briques de Detroit, entouré des siens. Ces dernières années ont été jalonnées par des tournées triomphales en Afrique du Sud, puis dans de petites salles aux États-Unis et en Europe. Cette gloire tardive n’a pas changé l’homme qu’il était devenu.

Ces chansons sont maintenant connues dans le monde entier et parfois, au hasard d’une balade, je les entends. Pour beaucoup, il n’est qu’un chanteur de folk, à la voix râpeuse, à l’indignation rafraîchissante dans cette société marquée par l’individualisme et les inégalités. Moi, quand je l’écoute, je revois des marches silencieuses, la sortie de Mandela de prison et la fin de l’apartheid. Sa musique aura accompagné l’Afrique du Sud le long du chemin épineux vers la liberté.

Texte pour un concours WeLoveWords – Concours de portrait –


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Ma nouvelle, « Les Sombres », sélectionnée par la revue Nouveau monde

Ma nouvelle, « Les Sombres »  a été retenue dans ce collectif dont le thème est « Héroïque ». La publication est prévue pour avril 2015. Je suis en très bonne compagnie. Je connais et j’apprécie certains des auteurs sélectionnés. Nouveau Monde a vocation à encourager des écrivains et des illustrateurs. Un grand merci à cette équipe formidable.

NOUVEAU MONDE n°8 (« Héroïque ») : liste des nouvelles sélectionnées


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« Les sirènes du Delta » publié chez Absinthe

Bonjour à tous,

Ce retour de vacances m’a réservé une très agréable surprise. Ma nouvelle « Les sirènes du Delta » a été retenue pour le numéro 6 d’Enchantement, un des trois webzines d‘Absinthe, spécialisé dans la littérature de l’imaginaire. Le thème de l’appel de textes était la métamorphose.

Le début de la nouvelle :

“Dans ses rêves, Constance était sur un bateau qui quittait l’enceinte du port pour s’élancer vers les eaux profondes de l’océan. Légère comme l’écume des vagues, elle se fondait dans le bleu lumineux et, pendant quelques secondes, elle devenait un élément de ce monde libre et pur. Puis, une femme surgissait de nulle part. Elle avait la grâce d’une sirène avec ses longs cheveux dorés frémissants au vent et ses yeux pairs remplis de mystère. Elle pointait son index sur Constance et éclatait d’un rire moqueur et cruel. Alors, Constance se réveillait en sursaut, en sueur. Aucune échappatoire n’était possible. “      

Voici le lien :

http://fr.calameo.com/read/002129395080cab58fa10

Bonne lecture !


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Jalousie

Young Woman Wearing Black Dress

Cela faisait longtemps que je le désirais. Je l’avais repéré bien avant qu’on ne soit présenté. J’avais découvert ce qui l’intéressait. M. était fasciné par les chaussures.

Quand il rencontrait une femme, il la regardait du bout des yeux d’un air indifférent. Il examinait son visage, puis, il détaillait sa silhouette s’arrêtant sur une courbe ou la délicatesse d’un poignet. Enfin, son regard se portait sur les chaussures. A ce moment là, une étincelle s’allumait dans ses beaux yeux gris et une lueur âpre les traversait. Le soir où je passai à l’attaque, j’arborais une paire de chaussures à talon haut à l’imprimé dalmatien et aux semelles aussi rouges que les cache-sexes des danseuses du Crazy Horse. Je les avais déjà testées et je savais qu’elles faisaient forte impression sur les mâles.

La première fois se passa dans sa voiture. J’avais insisté. Si les femmes défilaient dans sa vie, M. restait fidèle à son Audi noire et racée. Chaque week-end, il frottait doucement la carrosserie avec une peau de chamois et repeignait avec un fin pinceau quelques rayures imaginaires. Nos accords étaient les suivants : il ne devait faire l’amour avec personne dans sa voiture tant que durerait notre liaison. En contrepartie, il ne voulait ni scènes, ni cris, ni larmes.

Une fois que cet évènement intensément désiré se fut produit, je connus les affres de la jalousie. Il me fit faux bond. Il m’humilia et me trompa. Lorsque nous étions ensemble, sa voiture devenait une nouvelle rivale. Je le regardais, cachée derrière les rideaux du salon, en train de l’astiquer et de cligner des yeux pour s’assurer qu’aucun grain de poussière ne venait ternir son noir étincelant. Je descendais alors le rejoindre arborant une nouvelle paire de chaussures pour l’appâter : python vert, peau de crocodile, imitation léopard…Je me ruinais et fuyais les appels désespérés de mon banquier.

Et puis, le doute s’insinua. Et s’il  avait rompu notre accord ? Un soir, alors qu’il était dans la salle de bain, son téléphone bourdonna. J’appuyai prestement sur le bouton. Un SMS apparut : “@2m rdv Audi jtdr A. ». Le lendemain, j’embauchais un détective privé.

Le premier rapport m’apprit que M. avait une liaison depuis trois mois avec A. Il lui avait présenté sa sœur. Il l’emmenait dans son Audi pour de longues ballades. En relisant le rapport, je fus frappée par son style dépouillé. Brusquement, j’eus envie moi aussi d’être suivie et que mes faits et gestes soient consignés. J’imaginais un homme obsédé par moi, en train de ruminer des pensées amères avec des éclairs de meurtre dans les yeux. Le jour suivant, j’allai sous un faux nom dans une autre agence de détective. Dès le lendemain, je repérai un jeune homme qui me suivait. J’allai d’abord au hasard des rues. Puis, je décidai pour mettre un peu de piment dans notre relation de commettre une action répréhensible comme voler une babiole à un étalage. Au fil des jours, une relation ambiguë se noua. Dès le matin, je planifiais notre parcours. J’alternais des décors frais et légers avec des lieux dangereux. Je draguais des inconnus aux terrasses des cafés.

Un soir, un coup de poing ébranla ma porte. Sous la lumière crue du couloir, M. avait les traits tirés et le regard des mauvais jours. Il dit :

— Quelqu’un me suit.

Il me soupçonnait. Techniquement, j’avais respecté notre contrat. Il n’avait jamais parlé des détectives privés. Je passai donc à l’attaque. Moi aussi j’étais suivie depuis une ou deux semaines. Il me regarda interloqué.

— Se pourrait-il… Il s’interrompit, songeur.

Le dernier rapport m’apprit qu’il avait rompu brutalement avec A.

— Je crois que j’ai été injuste, dit-il plus tard de sa voix douce.

Je décidai de profiter de mon avantage. Désormais, une fois sur deux ce serait ma soirée. Je définirai les règles. Il me regarda avec une curiosité perverse. Sur quoi pouvais-je bien fantasmer ? Ce soir là, je mis ma robe de mariée. Je l’avais achetée en solde et n’avais jamais eu l’occasion de la porter.

Publié dans le cadre d’un concours welovewords-Transfuge : Shakespear et la jalousie