Cléo Ballatore


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4 bis rue des boutiques obs…

Arras-20141Je m’étais déjà engagée dans la rue quand je m’aperçus que j’avais oublié mon manteau. Comme j’hésitais sur le trottoir à faire demi-tour pour aller le chercher, le souffle tiède de la nuit m’enveloppa. Bien qu’on soit au début de l’automne, un étrange air printanier flottait dans l’air depuis quelques jours. Je décidais de continuer mon chemin. Je suivis la rue des tanneurs puis tournai deux fois à droite. Comme je me rapprochais du but, je me mis à ralentir. C’est d’un pas traînant que je débouchai sur la rue des boutiques obs… Ce nom m’obsédait depuis des semaines. Ma main au fond de ma poche triturait un morceau de papier où un numéro était indiqué. L’apparence de la rue me surprit. Elle ne correspondait pas à l’image que j’avais rêvée. Pas de vieilles boutiques aux peintures écaillées, ni de puissantes odeurs venues d’ailleurs, ni de marchandises rares et surprenantes comme des vieux livres, des boîtes à musique, des herbes médicinales ou des œufs d’autruche. À la place, des maisons abandonnées aux portes et aux fenêtres condamnées.

La lune éclaboussait d’une pâle lumière l’extrémité de la rue, fermée par une boutique de coiffeur. La vitrine était vieillotte avec un néon criard qui indiquait le nom du propriétaire, Jean-Jac, au-dessus de photos jaunies de beautés passées à la coiffure démodée. De l’autre côté de la porte, une affiche colorée avec au-dessus l’inscription « spécialité forfait mariage » essayait de donner un coup de jeune à cette devanture démodée. Malgré l’heure tardive, la boutique était encore ouverte.

Selon le détective privé que j’avais embauché, j’avais vécu ici il y a bien longtemps. J’avais tout oublié. Je frissonnai malgré la douceur de la nuit. Puis, je poussai la porte, la gorge serrée. Qui allais-je rencontrer ?

Très modeste hommage à qui vous savez.

Atelier Bricabook ; photo Marion Pluss (que j’adore)