Cléo Ballatore


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La belle de Xenos

statueJ’avais rendez-vous dans l’atelier de réparation du musée. C’est un lieu qui tient à la fois du magasin de bric-à-brac, du studio d’artiste et du laboratoire. Les volets sont à demi-fermés pour préserver les oeuvres des rayons du soleil. La poussière s’accumule sur des tableaux ou des sculptures posés à même le sol parfois dans des vitrines, en attente de réparation.Tous les pays et tous les siècles semblent s’être donnés rendez-vous dans ce capharnaüm. Une odeur de colle, de peinture à l’huile et de térébenthine flotte dans l’air.

Soudain, je la vis. Elle portait comme indiqué le numéro 1095. Elle était posée au milieu d’une grande table rectangulaire entre un vase étrusque dont il manquait un morceau et un effrayant dragon chinois à la queue cassée. Elle avait cette pureté de lignes et cette blancheur lisse et bleutée des plus beaux marbres de l’antiquité. En la regardant de plus près, on pouvait distinguer le grain de sa peau et l’arc parfait de ses lèvres. Les doigts de sa main étaient fins et délicats. Elle avait cette attitude nonchalante et gracieuse si bien chantée par les poètes. A sa grande époque, elle avait décoré un temple à Xenos. Puis, lors d’une période troublée, elle avait disparu avant de réapparaître miraculeusement il y avait dix ans de cela. Depuis, elle faisait la fierté de ce grand musée français.

A sa main droite était accrochée un carton blanc avec inscrit dessus à l’encre rouge :  “Main gauche bouge” et son numéro. Au dos de l’étiquette, quelqu’un avait maladroitement griffonné au crayon à papier comme par erreur une série de chiffres : 0,1, 1, 2,  3, 5, 8, 13, 21. Une suite de Fibonacci ! Le message de mon indicateur anonyme était clair. Je devais faire équipe avec un cryptographe pour poursuivre cette enquête. Car cette merveille était un faux. Remarquablement exécutée mais indéniablement un faux.

Atelier Bricabook – photo 129 – Romain Cazaux