Cléo Ballatore


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Patmos, la cité argentée

Je m’appelle Natacha. J’ai 18 ans. J’habitais la planète des pluies et des montagnes noires mais mon rêve était d’aller rejoindre mon amie Pixis à Patmos, la capitale de l’Empire. Notre planète était trop sombre avec ces grandes montagnes de pierres noires qui retiennent les nuages, nos villes trop austères. Mais la liberté de circuler est sévèrement contrôlée dans l’Empire depuis la guerre contre la Reine Blanche. Le Cardinal a maté la rébellion. En contrepartie, l’Empereur lui a accordé les pleins pouvoirs. Maintenant, tout déplacement doit être justifié. Nous sommes tous munis d’un trackeur, un micro-processeur implanté derrière l’oreille droite, qui contient notre code ADN. Les détecteurs peuvent ainsi vérifier notre identité. Il permet aussi de se connecter, de payer ses achats, d’écouter de la musique, d’accéder à ses archives… Pour me rendre à Patmos, je me suis présentée au concours organisé par le ministère de l’intérieur pour recruter des fonctionnaires. Les candidats sont peu nombreux car ce ministère dirigé par le Cardinal fait peur. Ceux qui y travaillent jouissent de nombreux privilèges mais suscitent la méfiance de la population. Je réussis les tests et fus convoquée pour l’examen final à Patmos. En moins d’une heure, je rassemblai mes affaires le cœur léger avant d’embrasser mes parents.  

L’arrivée à Patmos fut un choc. A travers une brume légère, des buildings en briques argentées et verre se dressaient comme des sentinelles et réfléchissaient la lumière du soleil comme un immense miroir. Les formalités furent brèves grâce aux trackeurs. Dès que les portes du vaisseau s’ouvrirent, une voix désincarnée m’interpella. “Bienvenue à Patmos Natacha et bonne chance pour votre examen. Le tram 22 vous conduira à votre hôtel. Je crois que vous appréciez le groupe Métal. Il passe ce soir sur le canal 433. Bon séjour chez nous.” Voilà. Ils savaient tout. C’était comme ça. Sagement, je pris le tram 22 et descendis à l’hôtel indiqué.  

Le lendemain matin, je me présentai au ministère pour passer les examens. Je partis ensuite explorer la ville. C’était une belle journée du mois de Messidor. Une odeur de blé fraîchement coupé flottait dans les rues. A un moment, je me mis à fumer une cigarette dans un endroit autorisé. Immédiatement, le trackeur s’alluma. “Vraiment Natacha, ce n’est pas raisonnable. Fumer est mauvais pour la santé.” Un film sur les méfaits de la cigarette fut alors envoyé à mon cerveau. J’y étais habituée sauf qu’à Patmos tout était plus fort, plus violent. Le film me fila la frousse.

Au cœur de la cité, se trouve le palais de l’Empereur, protégé par une muraille de verre. Entouré d’eau, il ressemble à un nénuphar rose et blanc. Tout autour, s’étendent les quartiers des ministères et des commerces. Les rues munies de capteurs gèrent le trafic. La nuit, elles s’éclairent aux passages des voitures et des piétons. Les transports en commun sont gratuits. De nombreux buildings ont été transformés en ferme depuis que la cité s’est en partie vidée de ses habitants au profit des campagnes. Ils forment d’immenses colonnes vertes rafraîchissantes dans la ville argentée. Au rez-de-chaussée, on trouve les étalages de légumes et de fruits frais de la ferme, les herboristeries et des boutiques artisanales de produits de soins et de beauté. L’Empire gère scrupuleusement nos ressources en privilégiant les produits durables, fabriqués localement. Les paysans sont redevenus une classe sociale puissante. Ils fournissent désormais l’énergie, la nourriture, les plantes pour se soigner et même ce tissu, léger presque translucide mais solide et résistant, qui donne une fluidité extraordinaire à nos mouvements.

Tout au long de ma balade, je fus sollicitée par des publicités : « Venez vous relaxer après votre travail. » Des fragances inconnues m’assaillirent me donnant une impression de calme et de sérénité. « Ce soir, réunissons nous chez Petrus, votre bar de quartier, pour regarder notre feuilleton policier préféré. Si vous trouvez le coupable, le patron offre une bière.»          

Le lendemain à la première heure, je quittai l’hôtel, pris la ligne 43 du métro aérien pour aller chez Pixis, que je n’arrivais pas à joindre. Une fois le centre ville passé, le métro se vida. Puis, il s’arrêta alors qu’il y avait encore quatre stations avant mon arrêt. J’interrogeai un employé qui me regarda comme si j’étais une demeurée. “Le métro ne va pas plus loin. ”  Une fois dans la rue, je fus surprise par le manque de lumière. Les briques des immeubles étaient sales et le verre couvert de poussière. Les écrans publicitaires géants étaient crevés. Les caméras de surveillance avaient été arrachées. Certaines gisaient au sol brisées en mille morceaux …Sur un mur délabré, je vis une pièce d’échec merveilleusement dessinée en 3D, une reine blanche. Soudain, mon trackeur bourdonna : « Arrêtez ! Vous sortez des frontières de l’Empire.». C’était trop tard. J’avais déjà pénétré dans ce quartier âpre aux rues sombres et étranglées.

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